Les conservateurs de Nouvelle Démocratie de Kyriakos Mitsotakis sont arrivés en tête des législatives dimanche, sans atteindre la majorité absolue. Le Premier ministre sortant a ouvert la voie à un second scrutin qui pourrait se tenir fin juin ou début juillet.
Au lendemain de la large victoire de la droite lors des élections législatives, la Grèce se dirige lundi 22 mai vers un nouveau scrutin voulu par le Premier ministre sortant Kyriakos Mitsotakis pour tenter de s'assurer une majorité absolue.
Grand vainqueur de ces élections qui visaient à renouveler les 300 sièges du Parlement monocaméral, Nouvelle Démocratie (ND) a recueilli 40,8 % des suffrages, selon les résultats définitifs. Son principal rival, le parti Syriza de l'ancien chef de gouvernement Alexis Tsipras, qui incarna l'espoir de la gauche radicale en Europe lors de son accession au pouvoir en 2015, a essuyé un sévère revers avec 20 % des voix. Il devance le parti socialiste Pasok-Kinal, qui s'adjuge 11,5 % des suffrages.
Triomphant dimanche soir au siège de Nouvelle Démocratie à Athènes, Kyriakos Mitsotakis a qualifié cette victoire de "séisme politique" et ouvert la voie à de nouvelles élections législatives. Elles devraient se tenir fin juin ou début juillet.
Obtenir un "bonus" lors d'un nouveau scrutin
Car malgré l'ampleur de sa victoire, le dirigeant de 55 ans, aux commandes de la Grèce depuis 2019, rate de peu la majorité absolue : son camp obtient 145 sièges de députés. Il lui en fallait six de plus pour pouvoir former un gouvernement seul. Or dans un pays où la culture politique est peu portée sur la recherche de compromis, il a exclu de constituer un gouvernement de coalition.
Le prochain scrutin se déroulera selon un système électoral différent. Le parti vainqueur obtiendra alors un "bonus" pouvant aller jusqu'à 50 sièges. De quoi lui garantir une majorité absolue, selon ses calculs.
Lundi, le quotidien de gauche Efsyn titrait sur "le choc et l'admiration", un sentiment partagé par les électeurs de Nouvelle Démocratie et de Syriza face à ces résultats. Le journal progouvernemental Proto Thema relevait quant à lui que l'écart de 20 points entre les deux principales formations était le plus grand depuis le retour de la démocratie en Grèce en 1974.
Kyriakos Mitsotakis lui-même a reconnu que la "grande victoire" avait "dépassé nos propres attentes". "Ensemble, nous nous battrons dès demain pour qu'aux prochaines élections, ce que les citoyens ont déjà décidé, à savoir une ND autonome, soit mathématiquement confirmé", a martelé le leader de la droite.
Lourd échec pour Alexis Tsipras
Selon la Constitution, la présidente de la République, Katerina Sakellaroupoulou, doit maintenant confier à chacun des partis politiques un mandat de trois jours pour tenter de former un gouvernement. De son côté, l'ancien Premier ministre de la gauche radicale Alexis Tsipras, constatant sa défaite, a appelé ses sympathisants à mener une "deuxième lutte électorale cruciale". Mais le dirigeant de 48 ans, qui a largement recentré Syriza ces dernières années, essuie un lourd échec, lui qui avait promis le "changement".
Les Grecs ne lui ont en fait jamais pardonné d'avoir croisé le fer avec l'Union européenne lors des négociations houleuses pour l'octroi d'un plan de sauvetage en 2015 avant de capituler.
À l'époque, le pays, en plein marasme financier, s'était retrouvé au bord de la sortie de l'euro. Finalement, Alexis Tsipras avait dû mettre en œuvre de drastiques mesures d'austérité, dont les Grecs ressentent encore aujourd'hui les effets dévastateurs.
Étrillé pour sa gestion jugée calamiteuse de la catastrophe ferroviaire qui a fait 57 morts fin février, Kyriakos Mitsotakis n'aura finalement pas été sanctionné par les électeurs. Au contraire, ceux-ci se sont montrés sensibles à son bilan économique.
Chômage en baisse, croissance de près de 6 % l'an dernier, retour des investissements et envolée du tourisme : l'économie grecque a repris des couleurs après les années de crise et de plans de sauvetage. Mais la baisse du pouvoir d'achat et les difficultés à boucler les fins de mois restent les principales préoccupations des Grecs, qui doivent composer avec des bas salaires. L'an dernier, l'inflation a frôlé les 10 %, aggravant encore les difficultés.
Les contempteurs de Kyriakos Mitsotakis lui reprochent toutefois une dérive autoritaire. Son mandat a été émaillé de scandales, des écoutes illégales aux refoulements de migrants en passant par les violences policières.
Avec AFP