
envoyé spécial en Tunisie – L’association Tunisia Youth Impact s’est donnée pour mission de mobiliser les électeurs tunisiens. Samedi, veille du second tour de la présidentielle, elle organise dans un village un concours de cuisine pour sensibiliser les habitants au vote.
Un couscous contre l'abstention des électeurs tunisiens ? C'est le principe du Voticook, un atelier organisé par l'association Tunisia Youth Impact. À la veille du second tour de l'élection présidentielle tunisienne, prévue dimanche 13 octobre, elle organise un concours de cuisine à Echamine, petit village situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Tunis.
Tunisia Youth Impact s'est donné pour objectif de mobiliser les électeurs. Un sacerdoce dans un pays où le premier tour de la présidentielle et les législatives ont été marqués par une faible participation – respectivement 48,98 % et 41,32 %. Avec le Voticook, l'association tente de sensibiliser les populations rurales, notamment féminines, à l'importance du vote.
Un vote répliquant celui de la présidentielle
“C’est une répétition de vote”, explique Wafa Tarhouni, présidente de l’association. “C’est une compétition entre un nombre déterminé de femmes qui vont concourir avec leur plat-programme pour se faire élire par les électeurs qui participent au repas.”
La présidente Wafa Tarhouni explique le principe de l’atelier qui a pour but de sensibiliser les femmes rurales au vote #f24 pic.twitter.com/eqF82VWXlK
Romain Houeix (@RHoueix) October 12, 2019Liste électorale, isoloir, urne scellée… Les bénévoles de Tunisia Youth Impact s'attachent à respecter tous les détails permettant le secret du vote. Seul concession aux conditions réelles : l'encrier dans lequel le votant doit tremper le doigt a été remplacé par un mélange d’eau et de shampooing.
Le concours du jour a lieu chez Hinda Jlass, dans la cour bétonnée de sa maison, une bâtisse de deux étages à moitié en construction. Au milieu de ses quatre enfants et tout en préparant son couscous, elle raconte : "Cet événement, c'est surtout une façon de se retrouver entre femmes et l'essentiel, c'est de participer", affirme-t-elle un grand sourire maternel aux lèvres.
Une philosophie que cette femme au foyer de 50 ans compte étendre à la vie démocratique puisqu'elle glissera un bulletin dans l'urne pour le deuxième tour de la présidentielle. Jusqu'ici, elle n'avait pourtant voté qu'une seule fois dans sa vie.
Sous l’œil des observateurs de l’UE et de l’Isie
À midi, les bénévoles de Tunisia Youth Impact se dispersent dans le village et vont chercher les participantes. Sept femmes se transforment l’espace d’un repas en candidates au poste de “cuisinière du président”. Leur programme ? Leur meilleur plat qu’elles sont invitées à présenter en quelques mots devant une assistance d’une cinquantaine de personnes.
Un à un, les électeurs goûtent chacun des plats : des couscous principalement mais aussi des macaronis et un plat de riz, le tout agrémenté de salade "mechouia" ou de petits gâteaux au miel makroudh. Puis, ils votent en suivant le même processus qui sera répété le lendemain. Les bénévoles de l’association les guident et leur donnent des conseils pour éviter que leur participation ne soit invalidée par un vice de procédure.
Stefan Ziegler, un des observateurs de l’Union européenne, qui a fait le déplacement, ainsi que des membres de l’Isie, l’instance tunisienne qui organise les élections, suivent le concours avec un sourire : “C’est original et tout le monde a l’air de s’amuser. Ca ne peut être que bénéfique pour la démocratie tunisienne”, estime-t-il.
Liste électorale, encrier (remplacé par du shampoing), isoloir et urne...
le scrutin d’aujourd’hui imite au maximum le vrai #f24 pic.twitter.com/FCDwWqDMoR
Après le vote, place au dépouillement. L’occasion pour les bénévoles d’insister une nouvelle fois sur la nécessité d’un scrutin transparent mais aussi de montrer les erreurs qui peuvent conduire à la nullité d’un vote : mettre une signature au lieu d’une croix pour choisir son candidat par exemple.
Très vite, une majorité se dégage pour Najwa Jlass, la sœur de l’hôtesse : “Je suis évidemment heureuse d’avoir gagné”, déclare-t-elle, un peu émue par sa popularité. “Mais ce qui me rend le plus heureuse, c’est de voir notre communauté se rassembler ainsi”, confie celle qui a l’intention d’aller voter “pour de vrai” le lendemain.
@ImpactTunisian insiste sur la nécessité que le dépouillement soit transparent. Elle rappelle que c’est le rôle des observateurs de l’UE, de l’Isie mais aussi des journalistes (clin d’œil dans notre direction ) de veiller à cela pic.twitter.com/TN247zMEo7
Romain Houeix (@RHoueix) October 12, 2019Une goutte dans l’océan ?
L'association Tunisia Youth Impact a obtenu des financements pour contribuer à la mobilisation des électeurs dans trois gouvernorats au sud de la capitale Tunis : Ben Arous, Béja, Zaghouan. Une tâche titanesque pour les 60 bénévoles que compte l’association : "L'Isie met l'accent sur l'observation du bon déroulé des élections mais pas sur la mobilisation", déplore Aymen Saleh,36 ans et porte-parole de la jeune association." Nous sommes la seule association intervenant sur ces trois gouvernorats."
Lors du premier tour du 15 septembre, Tunisia Youth Impact estime avoir contribué à mobiliser 350 foyers, soit environ un millier de personnes. Pour les législatives du 6 octobre, ils évaluent leur impact à 564 foyers et environ 1 500 personnes. Une goutte d’eau, certes, mais qui contribue à nourrir et consolider l’exercice de la démocratie en Tunisie.