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En Amazonie, l’Église fait un pas vers l’ordination d’hommes mariés

L'Église catholique n'en est pas encore là, mais la possibilité que des hommes mariés puissent être ordonnés a été sérieusement évoquée par le Vatican, pour la première fois, dans un document officiel publié lundi.

C'est un petit pas pour l'homme, mais un pas de géant pour l'Église catholique. Dans un document de travail dévoilé lundi 17 juin et rédigé à l'occasion de la réunion mondiale des évêques sur l'Amazonie, qui se tiendra du 6 au 27 octobre, le Vatican suggère que dans la zone reculée de l'Amazonie "soit étudiée la possibilité d'ordination sacerdotale d'anciens, préférablement indigènes, respectés et acceptés par leur communauté, même s'ils ont déjà une famille constituée et stable".

Une première dans l'Église catholique. "Jusque-là, cette possibilité a toujours été évoquée dans la bouche de théologiens, mais jamais dans un document officiel de l'Église rédigé par le Vatican. C'est un vrai changement", assure à France 24 Christine Pedotti, directrice de la revue Témoignage chrétien.

"L'effet cliquet"

La géographie particulière de l'Amazonie prive en effet la population catholique d'offices religieux, et notamment de célébrations eucharistiques qui ne peuvent être consacrées que par des prêtres. Mais l'argument de l'isolement avancé par l'Église pourrait bien être repris par une bonne partie de la population mondiale. "Si on ouvre cette possibilité à l'Amazonie, il y a de fortes chances pour qu'il y ait ensuite un effet cliquet : on va très vite ensuite évoquer le cas de la Papouasie, puis celui de certaines régions françaises comme la Creuse, qui n'a quasiment plus de prêtres en exercice, souligne l'essayiste française. Tout le monde sait bien que ce sont des particularismes locaux, comme l'Amazonie, que les changements globaux vont venir."

Ce n'est pas la première fois que le Pape met le sujet sur la table. En 2014, le souverain pontife avait déjà évoqué à deux reprises en moins de trois mois l'idée que la règle pouvait être amendée. "Le célibat des prêtres n'est pas un dogme", avait-t-il alors rappelé devant des journalistes. D'ailleurs, "il y a des prêtres mariés dans l'Église", avait-il ajouté, citant entre autres les Anglicans ralliés à Rome, les coptes catholiques et certains prêtres d'Églises orientales. "La porte est donc ouverte", avait-il affirmé, relançant aussitôt l'espoir parmi tous les catholiques favorables à l'ordination d'hommes mariés.

"Le suspense est immense "

Tout l'enjeu est désormais de savoir si le Vatican va entériner la proposition. "Tous les observateurs vont avoir les yeux rivés vers le Vatican en octobre prochain. Le suspense est entier", confie avec une pointe d'excitation  Christine Pedotti.

Un tel changement n'est pas contraire au dogme car le célibat ne relève pas de la loi divine, mais seulement de la discipline. Ce n'est qu'au cours du XIe siècle que l'Église latine l'a imposé à ses serviteurs. Or le nouveau document émanant des services pontificaux suggère de revenir au pragmatisme des premiers chrétiens qui tentaient de "répondre aux besoins en créant les ministères adaptés".

Le texte introductif au synode d'octobre va plus loin. Le Vatican y aborde un autre tabou : celui de la place des femmes dans l'Église. L'instrumentum laboris invite notamment à changer "les critères pour sélectionner et préparer les ministres autorisés à la célébrer". Il appelle, dans des termes plus précis, à "promouvoir des vocations autochtones d'hommes et de femmes comme réponse aux besoins d'attention pastorale sacramentelle", ainsi que d'"identifier le type de ministère officiel qui peut être conféré aux femmes, compte tenu du rôle central qu'elles ont aujourd'hui dans l'Église amazonienne".

La place des femmes

Les femmes amazoniennes pourraient désormais se voir confier des fonctions officielles. Si la proposition débouche sur des mesures concrètes, elle deviendrait, là encore, rapidement la règle sur l'ensemble du globe. "Certes, les Amazoniennes ont un rôle particulier dans l'Église, mais c'est aussi le cas en France comme dans le reste du monde", observe Christine Pedotti.

D'une manière générale, le texte invite à "surmonter des positions rigides qui ne tiennent pas suffisamment compte de la vie concrète des personnes et de la réalité pastorale, pour aller à la rencontre des nécessités réelles des peuples et des cultures indigènes."

Pour les progressistes, un tel pragmatisme est le bienvenu dans une Église touchée de plein fouet par la crise des vocations et les scandales de pédophilie à répétition. "La question de l'ordination des prêtres mariés va dans le bon sens, mais la crise que traverse l'Église est telle, et notamment en France, que j'ai l'impression que l'on discute du sexe des anges, ironise la patronne de Témoignage chrétien. Certes, le mariage des prêtres règlera en partie la pénurie de prêtres, mais il faut aller beaucoup plus loin en ouvrant notamment l'ordination aux femmes et en modifiant l'approche du cléricalisme. Car la situation sera encore pire dans 10 ans…"