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Pour pouvoir gouverner et mener à bien le Brexit, la Première ministre britannique, Theresa May, cherche un accord avec le parti unioniste nord-irlandais. Une perspective qui inquiète Dublin.
Les conservateurs de la Première ministre britannique Theresa May relancent les négociations avec le parti nord-irlandais DUP pour un accord de gouvernement, mais cette perspective suscite l'inquiétude à Dublin.
Lors d'une conversation téléphonique avec une Theresa May déjà fortement affaiblie par son revers aux élections législatives de jeudi, le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, a fait part dimanche 11 juin de sa "préoccupation" devant le projet d'accord entre les Tories et le Parti démocrate unioniste (DUP), une petite formation ultra-conservatrice et pro-Brexit.
Le chef du gouvernement irlandais, qui doit laisser sa place à son successeur la semaine prochaine, a prévenu que "rien ne devait remettre en cause l'Accord du Vendredi saint" qui a mis fin en 1998 à trente ans de violences en Irlande du Nord.
Conservatisme social
Le Parti conservateur a perdu sa majorité absolue, jeudi, et dépend désormais du DUP, dont les dix élus permettraient aux Tories (318 députés) d'atteindre les 326 sièges requis pour gouverner tant bien que mal.
Cette perspective fait l'objet de fortes critiques au Royaume-Uni, à cause du conservatisme social du parti nord-irlandais, farouchement opposé au mariage des homosexuels et à l’avortement. Mais aussi parce qu'un tel accord poserait la question de la neutralité du gouvernement britannique en Irlande du Nord, une région toujours soumise à de fortes tensions, 20 ans après la fin des "Troubles".
La cheffe du DUP, Arlene Foster, a déclaré dimanche que les discussions continueraient la semaine prochaine pour trouver un accord, précisant qu'elle devait rencontrer Theresa May à Londres mardi.
Les réserves de Dublin s'ajoutent aux soucis de Theresa May, qui reste soumise à une pression maximale. La presse britannique estime également qu’elle pourra difficilement conserver les clés du 10 Downing Street au-delà de quelques mois. Le Sunday Times assure même que Boris Johnson se prépare à lui ravir le trousseau. Le ministre des Affaires étrangères a démenti et assuré qu'il était "à 100 % derrière Theresa May".
Theresa May déterminée
Dans une interview avec la chaîne de télévision britannique Sky News, la Première ministre a nié être "en état de choc", après la perte de sa majorité absolue, a défié les appels à sa démission et a affirmé sa détermination à continuer à gouverner.
Après avoir reconduit ses ministres les plus importants dès vendredi, Theresa May a procédé à de nouvelles nominations dimanche, un remaniement de faible ampleur. Damian Green, un camarade d'université europhile, a été nommé au poste de Premier secrétaire d'État faisant office de vice-Premier ministre. Et Michael Gove a été nommé à l'Environnement et à l'Agriculture, alors qu'il avait été limogé de son poste de secrétaire à la Justice par Theresa May il y a moins d'un an.
Tim Farron, leader du Parti libéral démocrate, la troisième formation britannique, s'est moqué de ce remaniement, qui revient selon lui à "changer la disposition des chaises longues pendant que le Titanic est en train de couler".
Avec AFP