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Aux JO d’hiver, la neutralité comme seule option pour les athlètes russes et biélorusses
Comme lors des derniers Jeux olympiques d'été organisés à Paris en 2024, des sportifs russes et biélorusses vont pouvoir participer à ceux d'hiver en 2026 à Milan-Cortina mais en tant qu'athlètes neutres individuels. Quatre ans après l'invasion russe de l'Ukraine, ils ne seront qu'une poignée à voyager jusqu'en Italie.  
Olga Fatkulina et Vadim Shipachyov portent un drapeau dans le stade lors de la cérémonie d'ouverture des JO d'hiver de 2022, à Pékin. Les athlètes russes concouraient pour la troisième fois sous l'acronyme ROC (Comité olympique russe). © Studio graphique FMM

Il y a 12 ans, à Sotchi, la Russie accueillait les Jeux olympiques d'hiver, en grande pompe, sous le regard du président Vladimir Poutine, avec une délégation de 225 athlètes. À partir du vendredi 6 février à Milan-Cortina, en Italie, ils ne seront que 13 à participer aux différentes épreuves, le plus faible contingent olympique pour Moscou depuis les Jeux de Londres de 1908.

En 2014, la compétition avait été marquée par une razzia de la Russie, première au classement des médailles avec 33 au total dont 13 en or. Mais depuis, quatre breloques ont été retirées au pays en raison d'un système de dopage d'État généralisé qui a signé le début d'une longue mise au ban de ses sportifs. En 2017, à la suite d'une enquête de trois ans menée par le CIO sur ce scandale, le Comité national olympique russe a été suspendu.

Un an plus tard à Pyeongchang, en Corée du Sud, les athlètes russes ont cependant été autorisés à participer aux Jeux d'hiver, mais sous drapeau olympique et sur invitation en portant la mention "athlètes olympiques de Russie". Lors des olympiades suivantes d'été à Tokyo en 2021 et d'hiver à Pékin en 2022, ils ont de nouveau pu concourir mais sous la bannière de leur comité olympique et sans aucune mention de la Russie. Les athlètes russes ont ainsi remporté 17 médailles en 2018, 71 en 2021 et 32 ​​en 2022.

Aux JO d’hiver, la neutralité comme seule option pour les athlètes russes et biélorusses
Le champion olympique russe de ski de fond, Alexander Legkov, brandit le drapeau du Comité olympique russe lors de la présentation des tenues olympiques des athlètes russes à Moscou, le vendredi 10 décembre 2021. AP - Pavel Golovkin

De lourdes sanctions après l'invasion de l'Ukraine

Cette année, les chances de monter sur un podium semblent bien minces. Après l'invasion de l'Ukraine par Moscou en 2022, le Comité olympique russe a de nouveau été suspendu, tout comme celui de la Biélorussie, pays considéré comme un proche allié du Kremlin, qui lui a apporté un soutien militaire. 

À Milan-Cortina, certains athlètes peuvent toutefois concourir, comme à Paris en 2024, mais sous la bannière "d'athlètes individuels neutres" (AIN). Comme l'explique le CIO sur son site officiel, ces sportifs sont soumis à "des conditions d'éligibilité stricte". Ils doivent soumettre leur dossier à un comité d'examen et "s'engager à respecter la Charte olympique, notamment la mission de paix du Mouvement olympique". Ce panel, constitué de trois personnes, a pour principale mission de s'assurer que ces athlètes ne soutiennent pas activement l'invasion de l'Ukraine par la Russie.  

Aux JO d’hiver, la neutralité comme seule option pour les athlètes russes et biélorusses
Andreeva et Diana Shnaider, athlètes neutres individuelles, présentent leurs médailles d'argent après leur défaite face aux Italiennes Sara Errani et Jasmine Paolini lors de la finale du double dames de tennis au stade Roland-Garros, aux Jeux olympiques d'été de 2024, le dimanche 4 août 2024 à Paris, en France. AP - Manu Fernandez

Malgré cet examen scrupuleux, des critiques se font entendre. Selon la BBC, sur les 13 athlètes russes autorisés à concourir sous bannière neutre en Italie, quatre ont des liens avec des activités soutenant la guerre en Ukraine. Le média britannique cite notamment l'exemple du patineur artistique Petr Gumennik, qui a été entraîné par Ilya Averbukh, "ancien ambassadeur du sport de Crimée", ayant participé à des événements dans de nombreux territoires occupés par la Russie.

Interrogé par la BCC à ce sujet, Vladyslav Heraskevych, le porte-drapeau ukrainien pour la cérémonie d'ouverture, spécialiste du skeleton, n'a pas caché son mécontentement estimant que le CIO devrait revoir son cadre d'éligibilité des candidats neutres. "Qu’il s’agisse de se préparer à la compétition dans des territoires occupés ou de soutenir la guerre sur les réseaux sociaux, il est absolument faux de les qualifier de neutres, car ils ne le sont pas", a-t-il affirmé. 

En réponse, le CIO a déclaré qu'il ne pouvait pas commenter les cas individuels, mais que le panel avait "examiné les athlètes conformément à la décision du conseil exécutif et aux principes qu'il avait établis".

Des absences de marque

Les sportifs russes et biélorusses ne participeront en tout cas pas à la cérémonie d'ouverture et leurs drapeaux ne flotteront pas à Milan-Cortina. Si l'un des leurs remporte une épreuve, l'hymne national de son pays sera remplacé par l'hymne olympique. Ils ne sont pas non plus autorisés à participer aux épreuves sportives collectives, ce qui prive notamment la star du hockey Alexander Ovechkin et les autres vedettes russes de la LNH de la compétition.

Malgré ces absences de marque, une étoile russe du patinage artistique pourrait quand même ramener une médaille. À 18 ans, Adeliia Petrosian est la seule patineuse de son pays autorisée à concourir aux JO 2026. Elle a reçu l'aval de l'Union internationale de patinage (ISU) pour prendre part à l'épreuve qualificative, organisée en septembre dernier à Pékin. Elle y a décroché la victoire, et donc son billet pour les Jeux, en devançant notamment la Belge Loena Hendrickx, double médaillée mondiale, avant de remporter en décembre un troisième titre consécutif lors des championnats de Russie.

Aux JO d’hiver, la neutralité comme seule option pour les athlètes russes et biélorusses
Adeliia Petrosian, de Russie, concourant en tant qu'athlète neutre, se produit lors du programme libre féminin des qualifications de patinage artistique ISU Skate to Milano, le samedi 20 septembre 2025, à Pékin, en Chine. AP - Mahesh Kumar A.

Cette saison, les Russes sont restés exclus de toutes les compétitions organisées par l'ISU (championnats du monde, d'Europe, Grands Prix...). Si bien que l'épreuve de qualification olympique a été sa seule apparition sur la scène internationale depuis quatre ans. Du côté de la Biélorussie, qui va aligner sept sportifs, la plus grande chance de médaille repose sur les épaules de Hanna Huskova. Spécialiste de saut acrobatique, elle avait remporté l'or à Pyeongchang et l'argent à Pékin.

Un retour en 2028 ?

Si la Russie et la Biélorussie paraissent fragilisées sportivement aujourd'hui, la situation pourrait changer dans les prochains mois. Alors que la Fédération internationale de ski avait exclu tous les concurrents des deux pays des compétitions de qualifications pour les JO d’hiver 2026, recevant l’approbation de plusieurs stars de la discipline, le Tribunal arbitral du sport (TAS) avait annulé cette exclusion, la jugeant "discriminatoire", permettant ainsi à des skieurs d'être présents en Italie. 

Au lendemain de la déclaration du président de la Fifa, Gianni Infantino, qui a affirmé vouloir lever l'interdiction imposée depuis quatre ans à la Russie de participer aux ⁠compétitions internationales, la nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry, a elle aussi présenté un visage plus conciliant. Lors de son discours d'ouverture au 145e congrès du CIO à Milan, elle a plaidé en faveur du droit de tous les athlètes à participer à des compétitions sportives, indépendamment du comportement de leur gouvernement.

Sans mentionner directement la Russie, elle a affirmé : "Tout au long de la campagne et lors de nos nombreux échanges depuis, j’ai entendu le même message de votre part : 'Concentrons-nous sur l’essentiel'. Nous sommes une organisation sportive. Nous comprenons la politique et nous savons que nous n’évoluons pas en vase clos. Mais notre discipline, c’est le sport. Cela signifie préserver la neutralité du sport, un lieu où chaque athlète peut concourir librement, sans être entravé par la politique ou les divisions de son gouvernement". 

Sport Illustrated estime ainsi que Moscou semble "espérer être réintégré aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles". Le magazine américain rappelle en ce sens les propos tenus en septembre dernier par Mikhaïl Degtyaryov, le président du Comité olympique russe : "Un événement majeur que nous visons tous est celui des Jeux olympiques d'été de 2028, qui se dérouleront aux États-Unis. Nous nous préparons à y participer au complet (...) Nous poursuivrons activement notre retour sur la scène sportive internationale".