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Nigeria : le président déploie l'armée après le massacre de 162 personnes dans l'État de Kwara
Après l'un des pires massacres commis au Nigeria depuis plusieurs mois, le président Bola Tinubu a annoncé mercredi soir le déploiement d'un bataillon de l'armée dans l'État de Kwara, accusant les "terroristes de Boko Haram" d'avoir tué des dizaines de "villageois sans défense".
Bola Tinubu à Brasilia, le 25 août 2025. © Eraldo Peres, AP

Le président du Nigeria a ordonné le déploiement de l'armée dans une zone du centre-ouest où une attaque a fait au moins 162 morts mardi, et a accusé les jihadistes de Boko Haram d'en être responsables, a-t-on appris mercredi 4 février.

Des hommes armés ont pris d'assaut le village de Woro, dans l'État de Kwara, et "selon les derniers rapports, le bilan s'élève désormais à 162 morts, tandis que les recherches pour retrouver d'autres corps se poursuivent", a indiqué Babaomo Ayodeji, secrétaire de la branche de Kwara de la Croix-Rouge nigériane. Il s'agit de l'un des pires massacres dans le pays depuis plusieurs mois.

En réaction, le président Bola Tinubu "a ordonné le déploiement d'un bataillon de l'armée dans la circonscription de Kaiama, dans l'État de Kwara, où les terroristes de Boko Haram ont tué pendant la nuit des villageois sans défense à Woro", dans une attaque "lâche et bestiale", selon un communiqué de la présidence diffusé mercredi soir.

Insécurité multifactorielle

De son côté, le gouverneur de l'État, AbdulRahman AbdulRazaq a évoqué 75 personnes tuées, dans une vidéo diffusée par le porte-parole du gouvernement local. Woro "a refusé de céder à une forme provocatrice de doctrine islamique", a déclaré le gouverneur.

"Il est louable que les membres de la communauté, bien que musulmans, aient refusé d'être enrôlés dans une croyance étrange qui prônait la violence plutôt que la paix et le dialogue", s'est exprimé Bola Tinubu.

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Mercredi matin, Sa'idu Baba Ahmed, membre de l'assemblée locale, a expliqué à l'AFP que les bandits avaient incendié des commerces et le palais royal du village. "À l'heure actuelle, nous ne savons pas où se trouve le roi", a-t-il déploré. La police a confirmé l'attaque mais n'a pas donné de bilan pour le moment.

L'État de Kwara est en proie à une insécurité multifactorielle, entre des bandes armées (localement appelées bandits) qui pillent les villages, kidnappent et terrorisent les habitants, et une menace jihadiste en augmentation, avec des groupes actifs dans le nord-ouest du pays qui étendent leur champ d'action vers le sud. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a affirmé en octobre avoir mené sa première attaque sur le sol nigérian dans cet État, tout près de Woro. 

Couvre-feux

Face à l'insécurité, les autorités locales ont mis en place des couvre-feux dans certaines zones et fermé les écoles pendant plusieurs semaines, avant d'ordonner leur réouverture lundi. Le gouverneur AbdulRahman AbdulRazaq considère que la tuerie est une "expression lâche de la frustration des cellules terroristes suite aux campagnes" menées par les forces de sécurité.

Il y a quelques jours, l'armée nigériane avait annoncé avoir "neutralisé" des "terroristes" (environ 150, selon les médias locaux) dans les forêts de Kwara, ajoutant qu'il s'agissait de bandits - mais sans préciser si elle les avait capturés ou tués.

Dans une attaque perpétrée mardi dans l'État de Katsina (nord), des criminels ont par ailleurs tué 23 civils, d'après un rapport préparé pour l'ONU et consulté par l'AFP. Il s'agirait de représailles à de récentes opérations militaires dans cette région, selon l'armée.

Le Nigeria, pays le plus peuplé et premier producteur de pétrole d'Afrique, fait face depuis 2009 à une insurrection jihadiste dans le nord-est menée par Boko Haram et son rival l'État islamique en Afrique de l'Ouest, tandis que des groupes armés criminels sévissent dans le nord-ouest et le centre-nord, auxquels se sont ajoutés des mouvements jihadistes locaux comme Lakurawa et Mahmuda.

Des chercheurs ont récemment établi un lien entre certains membres de Lakurawa – le principal groupe jihadiste basé dans l'État de Sokoto (nord) – et l'État islamique au Sahel (EISS), actif au Niger voisin. L'État de Kwara n'est pas le terrain habituel de Boko Haram.

Avec AFP