logo

En Syrie, la France réaffirme sa "priorité absolue" dans la lutte contre le groupe État islamique
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est rendu à Damas jeudi pour y rencontrer son homologue syrien et évoquer la question de la lutte antiterroriste, mais aussi les tensions avec les Kurdes dans le nord du pays, et la crainte d'une escalade entre les États-Unis et l'Iran.
Le ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, Asaad Al-Shaibani (à gauche), serre la main du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot (à droite), le 5 février 2026 au palais présidentiel de Tishreen, en Syrie. © Louai Beshara, AFP

Le message du Quai d'Orsay est clair. La poursuite du combat contre le groupe jihadiste État islamique (EI) est une "priorité absolue" pour Paris, a affirmé jeudi 5 février le chef de la diplomatie française à Damas, où il a appelé les autorités syriennes à appliquer pleinement l'accord récemment conclu avec les Kurdes.

"Depuis dix ans, la France s'est battue, a combattu sans relâche et sans pitié, les terroristes de Daech [autre appellation de l'EI, NDLR] en Irak comme en Syrie", a déclaré Jean-Noël Barrot à l'issue d'un entretien avec son homologue syrien Assaad al-Chaibani. "Je suis venu réaffirmer cette priorité absolue de la France ici en Syrie", a-t-il ajouté.

Sa visite intervient à quelques jours d'une réunion de la coalition occidentale antijihadiste lundi à Ryad, en Arabie saoudite. Jean-Noël Barrot doit ensuite se rendre dans l'après-midi en Irak, avant de se diriger vendredi vers le Liban, selon le ministère français des Affaires étrangères.

Tensions avec les Kurdes

Les forces kurdes, qui étaient le fer de lance de la lutte antijihadiste, ont dû se retirer sous la pression de Damas de larges pans du nord du pays, où se trouvent des prisons de jihadistes et des camps abritant leurs familles.

Les puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) doivent être intégrées au sein de l'armée syrienne.

Jean-Noël Barrot a souligné "l'implication personnelle" du président français Emmanuel Macron "pour éviter un bain de sang, pour faciliter un cessez-le-feu, pour qu'un accord soit trouvé" entre Damas et les Kurdes.

Il a estimé que la mise en œuvre de l'accord du 29 janvier "progresse" et indiqué qu'il rencontrerait le chef des forces kurdes, Mazloum Abdi, en Irak.

Selon une source au Quai d'Orsay, Jean-Noël Barrot a appelé à la "pleine mise en œuvre de l'accord, notamment pour le respect des droits des Kurdes". Le ministre syrien n'a pas fait de déclaration à l'issue de l'entretien.

L'accord a anéanti les espoirs des Kurdes de conserver la zone autonome qu'ils avaient instaurée dans le nord et le nord-est de la Syrie au cours de la guerre civile qui a ravagé ce pays entre 2011 et 2024.

La tournée de Jean-Noël Barrot dans la région "vient de la conjonction de deux crises" : celle qui a eu lieu récemment dans le nord-est syrien, avec des affrontements entre les autorités de Damas et les FDS, et la menace toujours présente d'une escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran", a expliqué une source diplomatique française.

La lutte contre l'EI sera également abordée jeudi avec le pouvoir central à Bagdad puis avec les autorités régionales kurdes irakiennes à Erbil, "puisque l'EI est également une menace syro-irakienne", selon cette source.

Paris martèle que la stabilité de la Syrie est un facteur incontournable de la sécurité régionale.

Les nouvelles autorités islamistes syriennes ont rejoint la coalition antijihadiste, mais depuis le retrait des FDS, les États-Unis ont commencé à transférer des centaines de détenus de l'EI en Irak, de crainte d'évasions.

"Crise autour de l'Iran"

En Irak et au Liban, Jean-Noël Barrot apportera en outre "une forme de réassurance" à des pays qui comptent sur leur sol des groupes alliés à l'Iran : les milices chiites et le mouvement Hezbollah.

"Ces pays sont susceptibles d'être entraînés dans une escalade, le Liban l'a déjà été en 2024, l'Irak jusqu'ici a réussi à éviter cet engrenage néfaste, mais il faut qu'on puisse évoquer avec ces deux pays, avec leurs dirigeants, le défi que représente cette crise autour de l'Iran", a encore dit la source diplomatique.

L'Iran et les États-Unis doivent avoir des discussions vendredi au sultanat d'Oman, alors que Donald Trump a positionné dans la région une force de frappe navale et militaire considérable pour maintenir la pression sur Téhéran.

À Beyrouth, il sera question de la poursuite du désarmement du Hezbollah, prévu dans l'accord de cessez-le-feu de fin 2024 conclu avec Israël.

Le ministre français évoquera la préparation de la conférence de soutien à l'armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure, prévue pour le 5 mars à Paris, dont l'objectif est d'apporter aide financière et équipements pour les renforcer dans leur mission de désarmement du mouvement.

Avec AFP