
Le président de la République élu tente depuis plusieurs semaines de rallier à lui des figures de la droite. Mais l’opération se révèle plus compliquée qu’avec la gauche, le parti Les Républicains se montrant davantage en mesure de résister.
Réussira-t-il son pari ? Lorsqu'il a lancé son mouvement En Marche ! en avril 2016, Emmanuel Macron se lançait dans la course à l’Élysée en misant sur la recomposition du paysage politique français. Un an plus tard et désormais élu président de la République, l’ancien ministre de l’Économie peut se dire qu’il avait vu juste au sujet du Parti socialiste. En revanche, Les Républicains résistent toujours.
La constitution des investitures pour les élections législatives (les 11 et 18 juin) en est le parfait exemple. Alors qu’Emmanuel Macron pensait convaincre un certain nombre de représentants de la droite dite "modérée" de le rejoindre, la tâche s’annonce plus ardue que prévue. Promise pour jeudi 11 mai, la liste des 577 candidats de La République en Marche (l’étiquette de la majorité présidentielle aux législatives) a bien été rendue publique, mais avec 428 noms seulement. La raison ? Il faut que "puisse être maintenu vivant un espace permettant à la recomposition du paysage politique français de se concrétiser encore", a affirmé, jeudi après-midi, le secrétaire général d’En Marche ! Richard Ferrand. En clair, En Marche ! laisse encore un peu de temps aux députés LR.
Parmi les 149 circonscriptions laissées vacantes, on retrouve en effet celles de nombreuses figures juppéistes ou lemairistes. Bruno Le Maire (Eure), Nathalie Kosciusko-Morizet (Paris), Thierry Solère (Hauts-de-Seine), Édouard Philippe (Seine-Maritime) dont le nom circule pour Matignon, Franck Riester (Seine-et-Marne) ou encore Gilles Boyer (Hauts-de-Seine) bénéficient ainsi de quelques jours supplémentaires pour se décider à prendre le train en marche.
L’identité du Premier ministre possible "élément déclencheur"
Le choix du Premier ministre après la passation de pouvoirs, dimanche, sera "sans doute l'élément déclencheur", a jugé Richard Ferrand, vendredi matin, sur BFM TV. Mais du côté des élus LR ciblés, on reste jusqu’à présent insensible aux appels du pied. Hormis Bruno Le Maire qui, dès le soir de l’élection d’Emmanuel Macron, a proposé ses services pour intégrer le futur gouvernement, personne au sein de LR ne semble prêt à changer d’étiquette.
"Quel que soit le Premier ministre nommé lundi, je serai le candidat de LR et de l’UDI dans la circo #9208. Si Les Républicains et l’UDI gagnent les législatives, je siégerai dans la majorité. Sinon, je siégerai dans l’opposition", a notamment tweeté jeudi soir le juppéiste Gilles Boyer.
Autre figure ouvertement courtisée par Emmanuel Macron, Xavier Bertrand a répété à plusieurs reprises qu’il ne se mettrait pas "en marche" et a dénoncé, vendredi, les méthodes de l’entourage du nouveau président. "Mon nom a continué à être évoqué par les équipes d'Emmanuel Macron pour entretenir le doute. Pendant ce temps, ça permettait de discuter avec d’autres. Vous avez devant vous quelqu’un qui a servi d’écran de fumée !", affirme-t-il dans Le Figaro.
Emmanuel Macron rattrapé par la réalité
"Ces déclarations montrent bien que Macron n’arrivera pas à rallier à lui des personnalités LR, confie à France 24 une élue de droite, qui préfère garder l’anonymat. On est très différents des socialistes : d’abord leurs fractures sont sans commune mesure avec les nôtres et ensuite nous n’avons pas fait 6 % à la présidentielle mais 20 %. Et puis, que ce soit pour ses candidats aux législatives ou pour l’identité de son Premier ministre, Emmanuel Macron retarde les échéances au maximum. Je crois que chez nous tout le monde s’est rendu compte qu’il entretenait le flou."
Emmanuel Macron a-t-il surestimé sa capacité à faire exploser la droite ? Lui qui répète depuis des mois qu’il ne compte pas faire de la politique politicienne est aujourd’hui rattrapé par la réalité et se retrouve contraint de négocier le ralliement d’une poignée de parlementaires LR en toute discrétion avec, dans la balance, la nomination à Matignon de l’un des leurs.
"L'important, au-delà des décomptes d'apothicaires, c'est qu'on se retrouve sur les idées, le contenu, et qu'on n'aille pas dans des guerres picrocholines", a estimé, vendredi, le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne sur LCP, seul parlementaire LR à avoir officiellement rejoint Emmanuel Macron. "Donc il y a une main tendue, un espace qui est ouvert, après c'est aux uns et aux autres de faire leur choix."