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Le report de l’élection présidentielle en RD Congo et le maintien au pouvoir du président Kabila jusqu’en avril 2018 ont été validés le 17 octobre. Mais selon les observateurs, cela risque d'aggraver la crise politique.

À l’issue d’une longue délibération, les juges de la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo (RDC) ont tranché, le 17 octobre. Conformément à la requête déposée en septembre par la commission électorale, ils ont validé le report de l'élection présidentielle congolaise de plus de 18 mois. Initialement prévu le 27 novembre 2016, le scrutin aura finalement lieu le 29 avril 2018, une date allant bien au-delà du 19 décembre qui devait marquer la fin du second mandat du président congolais, Joseph Kabila.

"Les juges ont validé la requête de la commission électorale déposée le 17 septembre et qui demandait un report de l’élection présidentielle, notamment pour cause de fichier électoral obsolète et corrompu. Ils ont estimé qu’à l’impossible, nul n’est tenu", analyse Thomas Nicolon, correspondant de France 24 à Kinshasa.

Dans le même temps, à la maison de l’Union africaine à Kinshasa, les participants au "dialogue national" ont validé un accord qui prévoit de maintenir dans ses fonctions Joseph Kabila, jusqu’à cette nouvelle échéance électorale. Le texte stipule également la constitution rapide d’un nouveau gouvernement. "Cela permettra de nommer comme Premier ministre une personnalité de l’opposition", estime Thomas Nicolon. Vital Kamerhe, ancien directeur de campagne de Joseph Kabila en 2006 qui conduit désormais l’opposition, fait figure de favori pour ce poste.

Le "Rassemblement" de l’opposition boycotte

Mais le "Rassemblement" de la majeure partie de l'opposition reste réfractaire à cet accord et préconise un "régime spécial" sans Kabila, après le 19 décembre. Il dénonce un projet qui viserait, selon lui, à maintenir le président au pouvoir. Soupçonnant le chef de l'État, élu en 2001, de se préparer à solliciter un troisième mandat au mépris de la Constitution, ils ont appelé à des journées "villes mortes" mercredi dans toute la RDC afin d'adresser un "carton jaune" au président.

L'absence de la majeure partie de l'opposition au "dialogue national" fait peser le doute sur la capacité de l'accord à sortir le pays de la crise. Le mois dernier, des dizaines de personnes ont péri à Kinshasa dans des manifestations contre un report du scrutin qui ont dégénéré. "Il est difficile de prévoir ce qu’il va advenir en RDC, cela fait des années que l’on dit que Kinshasa va imploser et que la situation se maintient tant bien que mal", relativise Antoine Glaser, journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef de la Lettre du Continent.

La "stratégie du toboggan"

Ce spécialiste de l’Afrique estime néanmoins que le report de l’élection n’est pas une réponse à la crise. "Kabila pratique la politique du toboggan : un glissement du calendrier électoral risque d’en entraîner un autre. En restant au pouvoir jusqu’aux prochaines élections, il a la possibilité de repousser encore et encore l’échéance électorale et de se maintenir en place sans être passé par de nouvelles élections, poursuit l’expert. Comme le changement constitutionnel ne semble pas envisageable en RDC ou que la tentative de modification de la loi électorale en 2015 a avorté, Kabila change de stratégie".

Si la commission électorale (Ceni) avait justifié, en septembre, sa demande de reporter le scrutin présidentielle par "un manque de fonds et le retard pris dans l’enregistrement des nouveaux électeurs", Antoine Glaser estime plutôt que cela tient à une mauvaise volonté politique. "Si Kabila tenait tant à une élection fiable et honnête, sur la base d’un nouveau recensement électoral, pourquoi n’a-t-il pas lancé le processus dès 2012 ?", interroge l’expert qui n’y voit que des "arguties électoralistes et de pouvoir".

Coup de pression de Paris et de l’UE

Du côté de Paris et Bruxelles, les "arguties" de Kabila justement sont peu appréciées. Selon le ministre français des Affaires étrangères, le report de l’élection représente un réel danger d'escalade. "Renvoyer à 2018, ce n'est pas une réponse. Il y a des risques de manifestations violentes et de répression", a déclaré Jean-Marc Ayrault lors d'un rendez-vous avec la presse diplomatique à Paris. Il a précisé que l'option des sanctions était sur la table.

Lundi, c’est le Conseil de l’Union européenne qui avait appelé de ses vœux un "dialogue politique substantiel, inclusif, impartial et transparent" en RDC. Il a également menacé de prendre des sanctions contre Kinshasa dans le cas où la présidentielle ne serait pas organisée "dans le délai le plus court possible au cours de l'année 2017".

Des représentants de la procureure de la Cour pénale internationale sont depuis dimanche en RDC pour appeler au calme et rencontrer des représentants officiels, des membres de partis politiques, la société civile et la presse.