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Maroc : après la mobilisation de la Gen Z, un discours du roi très attendu
À la veille d'un discours très attendu du roi Mohammed VI, des dizaines de jeunes Marocains se sont de nouveau mobilisés jeudi à l'appel du collectif GenZ 212, pour contester le gouvernement et exiger des réformes dans la santé et l'éducation.
Sur cette photo publiée par le Palais Royal, le roi du Maroc Mohammed VI salue les parlementaires à son arrivée à la séance d'ouverture du Parlement marocain, tandis que le prince héritier Moulay Hassan, à gauche, applaudit à Rabat, au Maroc, le vendredi 14 octobre 2022. AP - Moroccan Royal Palace

Alors que le royaume du Maroc est touché depuis mi-septembre par des manifestations menées par le collectif GenZ 212, le roi du Maroc doit prononcer, vendredi 10 octobre, à partir de 17 h 30, un discours à l'occasion de l'ouverture de la session parlementaire.

Comme le souligne l'Agence de presse africaine, dans son adresse à la Nation, Mohamed VI "devrait fixer les priorités nationales pour les mois à venir", mais il pourrait également revenir sur l'un des thèmes récurrents de ses interventions : "celui d’un Maroc à deux vitesses. "Le Roi avait, à plusieurs reprises, mis en garde contre les disparités entre un Maroc qui avance à un rythme soutenu — porté par les grands projets d’infrastructures et le développement économique — et un autre Maroc en difficulté, où persistent les inégalités sociales et territoriales", résume l'agence. 

Cette prise de parole de Mohamed VI est donc très attendue en cette période d'aspiration à plus de justice sociale. "On attend que le roi nous parle !", ont ainsi déclaré des manifestants auprès de l'AFP à la veille de cette déclaration. Des dizaines de jeunes Marocains se sont de nouveau mobilisés jeudi à l'appel du collectif GenZ 212, créé par des anonymes et fort de plus de 200 000 adhérents sur la plateforme Discord, pour contester le gouvernement et exiger des réformes dans la santé et l'éducation.

Maroc : après la mobilisation de la Gen Z, un discours du roi très attendu
Des dizaines de jeunes Marocains se sont de nouveau mobilisés jeudi 9 octobre 2025 à l'appel du collectif GenZ 212, pour contester le gouvernement et exiger des réformes dans la santé et l'éducation. © Capture d'écran

Une suspension des manifestations

Le magazine Tel Quel rapporte toutefois que le mouvement a annoncé que les manifestations prévues vendredi sont suspendues par respect pour le roi. Cette décision traduit "un sens profond de la responsabilité nationale, d'un attachement aux constantes de la Nation et à ses institutions constitutionnelles" et sa conviction que "le dialogue calme et constructif" demeure la meilleure voie pour faire valoir ses revendications légitimes et promouvoir les valeurs de justice et de dignité", selon un communiqué du mouvement.

Chaque soir, des rassemblements à travers le pays réunissent entre plusieurs dizaines et des centaines de personnes. Avant ces manifestations, le gouvernement a réitéré une invitation à dialoguer "pour écouter les propositions et traiter le sujet ensemble", a indiqué le porte-parole de l'exécutif, Mustapha Baitas.

La police a procédé à des dizaines d'arrestations, des heurts et actes de vandalisme ont marqué certaines mobilisations et la semaine passée trois personnes ont été tuées dans un affrontement avec des gendarmes près d'Agadir, dans le sud du pays.

"Le message est reçu" et le gouvernement "travaille pour mobiliser les ressources et identifier les déficits à combler", a promis Mustapha Baitas, appelant GenZ 212, mouvement sans chef ni affiliation politique, à envoyer ses représentants pour entamer une discussion.

Une soixantaine de personnalités appellent le roi à des réformes de "fond"

Mercredi, une soixantaine de personnalités connues, telles que les journalistes Ahmed Benchemsi, Yassin Akouh et Omar Radi, et des artistes comme Houda Abouz (Khtek) et Omar Souhaili (Dizzy Dros), ont apporté leur soutien à GenZ 212 et appelé le roi à lancer "des réformes de fond". "Le peuple marocain souffre, et sa jeunesse crie dans la rue depuis dix jours", peut-on lire dans la lettre, comme le rapporte Maghreb Online. 

Selon les auteurs, les revendications du mouvement sont légitimes et nécessitent "une réponse concrète, profonde et politique". Les signataires demandent aussi de "lancer un processus de réforme constitutionnelle" et la libération de tous les détenus du mouvement GenZ 212 ainsi que tous "les autres prisonniers politiques et d'opinion au Maroc". Ils appellent également l'État à faire de l'éducation, la santé et l'emploi ses priorités, plutôt que d'investir dans des projets jugés "somptuaires", comme la construction d'un immense stade à l'approche de la Coupe d'Afrique des nations fin 2025 et du Mondial 2030.

 "La situation est très grave, il y a un délabrement de l'infrastructure sociale. Il faut que le roi intervienne pour trouver une solution politique. Sinon ça va produire de la violence", a ainsi expliqué à l'AFP l'historien Maâti Monjib, signataire de l'appel.

Un plan d'urgence pour la santé 

Les protestations ont commencé mi-septembre après le décès, à l'hôpital public d'Agadir, de huit femmes enceintes admises pour des césariennes. GenZ 212 a réclamé un plan d'urgence pour recruter médecins et personnels de santé, en particulier dans les zones reculées, une rénovation des hôpitaux, ainsi que le relèvement du taux de remboursement de l'assurance-maladie de 50 à 75 %.

Au Maroc, où les cliniques privées connaissent un essor fulgurant, les hôpitaux publics sont saturés et manquent de personnel et d'équipements de base, a reconnu mardi le ministre de la Santé, Amine Tehraoui.

Même si des réformes ont été engagées depuis 2022 avec des rénovations et constructions prévues de 22 hôpitaux, l'ouverture de deux nouveaux CHU (hôpitaux universitaires) en plus des cinq existants et la réhabilitation de 1 400 établissements d'ici fin 2025.

Avec AFP