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Affaire Barbarin : "Le cardinal a été traîné dans la boue", selon son avocat

Le cardinal Barbarin a été entendu durant dix heures par la police, dans le cadre de l'enquête sur le prêtre lyonnais mis en examen pour des abus sexuels sur de jeunes scouts. Son avocat, Jean-Félix Luciani, répond aux questions de France 24.

Dix heures. C’est le temps qu’a duré l’audition du cardinal Barbarin à la Brigade départementale de la protection de la police à Lyon, mercredi 8 juin, dans le cadre de l’affaire de pédophilie qui a éclaté dans son diocèse. L'archevêque, mis en cause pour des faits de "mise en danger de la vie d'autrui", s'est expliqué sur le cas du père Bernard Preynat, mis en examen fin janvier pour des agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991.

Depuis quand l'archevêque était-il au courant ? De quoi a-t-il été informé et par qui ? Pourquoi avoir laissé ce prêtre exercer dans une paroisse au contact d'enfants jusqu'en août 2015 sans dénoncer les faits à la justice ? Telles sont les questions qui intéressent les enquêteurs. Les réponses publiques du diocèse ont varié : évoquant d'abord un premier contact avec une victime en 2014, le cardinal qui n’est arrivé dans le diocèse de Lyon qu’en 2002 a ensuite précisé avoir entendu parler de l'affaire, via un tiers, dès 2007-2008. Date qui peut avoir de l'importance, la prescription en matière de non-dénonciation étant de trois ans.

Lors d'une réunion du clergé lyonnais, le 25 avril, le cardinal avait reconnu "des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres". Il a également demandé pardon aux victimes. À ce jour, un seul évêque français a été condamné, Mgr Pican en 2001, pour non-dénonciation d’actes pédophiles commis par un prêtre de son diocèse de Bayeux. Il y a quatre jours, le pape a ouvert la voie à la révocation d'évêques coupables de "négligence" dans leurs fonctions face à des cas de pédophilie.

Jean-Félix Luciani, avocat du cardinal Barbarin, qui l’accompagnait lors de son audition, a répondu aux questions de France 24.

France 24 : Le cardinal Barbarin a été entendu pendant dix heures. Quand on sait que ce sont plutôt ses prédécesseurs qui auraient dissimulé les faits, on peut s’étonner d’une audition aussi longue. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Félix Luciani : L’affaire présente des difficultés. Les évêques de l’époque l’ont gérée d’une manière qui n’est pas celle d’aujourd’hui. En outre, on parle de fait très anciens et de personnes qui sont intervenues dans le passé, et essayer de comprendre tout cela prend du temps. Monseigneur Barbarin a dû répondre à beaucoup de questions sur le contexte dans lequel les faits se sont produits, qui ne le concerne pas personnellement. Il faut aussi savoir qu’il y a eu d’autres auditions avant la sienne, ce qui peut donner lieu à plus de questions. De son côté, il était également désireux de s’exprimer après avoir été traîné dans la boue pendant de long mois. Concrètement, il a été interrogé pendant huit heures environ et non dix, certaines démarches administratives prenant du temps.

L’association La Parole Libérée qui soutient les victimes se réjouit de cette audition. Qu’en pensez-vous ?

Honnêtement, je ne vois pas ce qui peut lui être reproché pénalement. Il est poursuivi pour non-dénonciation de crimes et non-assistance à personnes en péril. Or, quand il prend conscience des faits, il en réfère à Rome qui lui dit de donner au père Preynat un ministère où il ne serait pas au contact d’enfants. Et quant à la non-assistance, il faut qu’il y ait une personne en danger, or ce n’est pas le cas, car nous ne sommes pas aux moments des faits, et les victimes sont des adultes. En outre au moment des faits, ces enfants avaient des parents. Le droit pénal répond à des critères qui ne sont pas réunis ici.

Quelle est la prochaine étape ?

Le parquet doit prendre une décision d’orientation. Soit il classe le dossier sans suite. Soit il décide d’ouvrir une instruction. Pour ma part, j’espère qu’on aura un classement sans suite, car il n’y a pas eu d’infraction.