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Deux jours après l’annonce de la victoire de Mahmoud Ahmadinejad à l’élection présidentielle iranienne, une centaine d’Iraniens de France ont manifesté à Paris pour demander l’annulation du scrutin.
Un peu gauche - même timide au début - mais déterminée, une petite centaine d’Iraniens de France s'est rassemblée dans le centre de Paris, dans un quartier piéton de la capitale. Une initiative du Comité indépendant contre la répression des citoyens iraniens, formé juste après l’annonce des résultats de la présidentielle iranienne. Comme à Téhéran et dans d’autres villes du monde, ils protestent contre ce qu’ils appellent le "coup d’Etat" de Mahmoud Ahmadinejad, le président sortant réélu officiellement vendredi avec plus de 63 % des voix.
"Ahmadinejad, Pinochet, l’Iran n’est pas le Chili !", "À bas les Taliban, qu’ils soient à Kaboul ou à Téhéran", scande la foule, tantôt en perse, tantôt en français, en brandissant des pancartes où est inscrit "Where is my vote ?" ("Où est mon vote ?"), ou encore "Ahmadinejad n’est pas mon président". Dans la petite assemblée, le vert domine, en rubans, ballons ou foulards. C'est la couleur choisie par Mir Hossein Moussavi, le principal opposant de Mahmoud Ahmadinejad.
"D’habitude, je ne vais pas voter. Les élections, dans ce régime islamique, ça consiste à choisir entre le mal et le pire. Mais là, j’y suis allé et [Ahmadinejad] a vraiment volé nos votes", témoigne un jeune homme souhaitant garder l’anonymat, à Paris depuis quatre ans. En 1999, il a connu les geôles iraniennes pendant plusieurs jours pour avoir participé aux manifestations étudiantes contre le régime islamique.
La crainte d'être reconnus
À Paris, très peu de manifestants osent donner leur nom à la presse. "Je retourne en Iran dans un mois, je ne veux pas avoir de problème", se justifie un jeune homme, étudiant dans la capitale française depuis plusieurs années. Quelques personnes portent des masques médicaux, des foulards et des lunettes de soleil pour ne pas être reconnues.
Mais Arash Naimain, en France depuis deux ans, refuse de se cacher. "Ma mère a été battue, mes amis manifestent avec courage dans les rues de Téhéran. Alors non, je n’ai pas peur. Il faut qu’on soit leurs voix à l’étranger !"
Tous demandent l’annulation pure et simple de l’élection et l’organisation d’un nouveau scrutin sous l’œil d’observateurs internationaux.
Dans la petite foule, les rumeurs vont bon train. Une manifestation monstre, rassemblant des centaines de milliers de personnes, se déroule au même moment à Téhéran. On parle de répression, d’arrestations, même de morts. "Mais on ne peut pas savoir ce qu’il se passe réellement, de nombreux journalistes étrangers ont été expulsés", tempère une femme, souhaitant elle aussi garder l’anonymat.
Pendant ce temps, la centaine de manifestants entonne "Yar-e Dabestani" ("Camarade d’école"), un chant révolutionnaire. Celui-là même que chantaient les étudiants pour protester contre la dictature du Shah à la fin des années 70, puis reprises par les étudiants lors des manifestations de 1999.