
Empêtré dans une crise qui mine depuis deux semaines la primaire de la droite concernant le vote des Français de l’étranger, le bureau politique des Républicains examine mardi un compromis proposé par Nicolas Sarkozy. Explications.
Le bureau politique de ce mardi 17 mai va-t-il mettre fin au psychodrame qui agite la primaire de la droite depuis deux semaines ? Les ténors du parti Les Républicains, qui vont cette fois-ci répondre présents, l’espèrent. Nicolas Sarkozy semble en tout cas vouloir jouer la carte de l’apaisement après le tollé qu’il a suscité en remettant en cause le principe du vote électronique pour les Français de l’étranger en vue de la primaire à droite.
"Coup de force"
Retour sur les faits. Le 3 mai dernier, Nicolas Sarkozy convoque un bureau politique sans ordre du jour au cours duquel il décide de supprimer le vote électronique pour les expatriés, qui faisait jusque-là consensus, au nom du principe d’égalité. "Je ne vois pas au nom de quoi un mec de la Somme devrait faire 40 kilomètres pour aller voter, alors qu’un golden boy de New York n’aurait qu’à appuyer sur un bouton", assène-t-il alors pour justifier le changement de règle. En l’absence de ses concurrents, le chef du parti fait accepter, quasi unanimement, que le vote papier est désormais la règle pour tous les électeurs. Vent debout, Alain Juppé, François Fillon, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet et Frédéric Lefebvre dénoncent d’une même voix un "coup de force"… La Haute Autorité, chargée du bon déroulement de la primaire à droite, conteste elle aussi la décision. Dans les couloirs du parti, on soupçonne l'ancien chef de l'État d’avoir voulu réduire l’électorat des expatriés, que l’on sait moins acquis à sa cause.
Depuis, l’ancien président de la République semble avoir mis de l’eau dans son vin. Il suggère désormais de combiner les deux systèmes de vote en proposant le vote papier dans une trentaine d’agglomérations où les expatriés français sont nombreux et réserve le vote numérique aux électeurs éloignés des centres urbains. Idem pour les Français qui résident dans certains pays, comme la Chine, qui interdisent l’expression politique de ressortissants étrangers sur leur territoire. Le vote électronique sera aussi ouvert dans certaines régions du monde où la sécurité des électeurs n’est pas garantie.
"Une porte de sortie pour Sarkozy"
Un compromis qui laisse les adversaires politiques partagés. Dans le camp Juppé, on souhaite jouer l’apaisement. Benoist Apparu, fervent soutien du maire de Bordeaux, a assuré à France 24 être partisan d’un compromis qui allie vote papier et vote numérique. "Les échanges qui ont eu lieu ce week-end ont été porteurs et je suis confiant dans l’idée que nous trouverons un équilibre qui conviendra à chacun".
Dans les rangs des soutiens de Bruno Le Maire, le discours est moins à la concorde. "Cette solution n’est qu’une porte de sortie pour Nicolas Sarkozy, confie un proche du candidat à France 24. Bruno Le Maire défendra tout de même le vote électronique pour l’ensemble des Français de l’étranger lors du bureau politique, assure-t-il. Car beaucoup d’expatriés ont été très remontés par cette décision, y compris des sympathisants de Nicolas Sarkozy."
Un chantier colossal
Mais ce point de divergence qui oppose les sarkozystes aux autres candidats engagés dans la primaire cache en réalité des désaccords plus profonds, estime-t-on dans l’entourage de Bruno Le Maire. Ce dernier plaide en effet pour que le parti Les Républicains n’ait plus à intervenir dans l’organisation du scrutin. Comprenez que Nicolas Sarkozy, probable candidat, n’ait pas à établir lui-même les règles du jeu. "Il m’apparaît donc urgent, à la lumière de cet incident, que la Haute Autorité de la primaire assure de manière autonome les décisions d’organisation qui relèvent de sa seule compétence et qui sont la vraie assurance de la probité de ce suffrage", a publiquement fait savoir Bruno Le Maire dans un communiqué paru le 4 mai dernier.
Selon toute vraisemblance, le président de la Commission nationale d'organisation de la primaire, Thierry Solère, devrait opter pour un compromis entre vote papier et vote numérique. Mais la mise en place technique est loin d’être anecdotique. À six mois de l’échéance, il faut encore obtenir les accords des pays concernés, trouver des bureaux de vote en nombre suffisant et à des prix abordables, des volontaires pour les gérer… Un travail colossal. La ville de Londres, qui compte 70 000 électeurs inscrits, nécessite à elle seule l’ouverture d’une vingtaine de bureaux. Avec près de 1,2 million d’électeurs potentiels, pas sûr que tout soit prêt les 20 et 27 novembre prochains.