
L'ancien président de la Tunisie Moncef Marzouki dénonce la corruption qui perdure en Tunisie. Invité sur le plateau de France 24, il a expliqué pourquoi le pouvoir actuel suscite le mécontentement du peuple.
Alors que son pays est secoué par de violentes manifestations qui ont entraîné l’instauration d’un couvre-feu nocturne, l’ancien président tunisien Moncef Marzouki pointe du doigt l’absence de mobilisation du pouvoir actuel contre la corruption, raison pour laquelle, selon lui, la contestation perdure.
Les manifestants ont beau dénoncer la misère et le chômage, la pauvreté n’est pas le premier facteur de l’instabilité dans le pays, selon Moncef Marzouki. "Le problème numéro un en Tunisie, c’est la corruption", répète l’ex chef de l’État (2011-2014), invité de France 24 vendredi 22 janvier.
"Les Tunisiens, les jeunes de Kasserine, auraient probablement accepté d’attendre un peu s'il n'y avait pas eu ce problème de corruption", explique-t-il, rappelant que le parti au pouvoir Ennahda a multiplié les promesses sur le thème de l’emploi lors de la campagne électorale à l’automne 2014.
"Erreur magistrale"
L’ancien président estime que "les anciens caciques du régime sont revenus à tous les niveaux de l’administration". Pour lui, la population ne voit pas de recul de la corruption, au contraire, "elle est en train de se propager".
Moncef Marzouki devance les critiques qui pourraient lui reprocher son inaction à ce sujet lorsqu’il était au pouvoir. "On a vraiment essayé, mais on était pris à la gorge par des questions de sécurité, de terrorisme, la rédaction de la Constitution. On n’a pas eu le temps."
Et le président du mouvement La volonté du citoyen de poursuivre en s’attaquant au gouvernement actuel et au président Béji Caïd Essebsi, leur reprochant d’avoir négligé la question de la corruption. "La première loi qu’il (Essebsi) a faite, c’est une loi d’amnistie des corrompus", dénonce-t-il, rappelant que face à cela, la population tunisienne est "extrêmement amoindrie, appauvrie". Moncef Marzouki y voit "une erreur magistrale".
L’ancien chef de l'État fait le parallèle avec les événements du Printemps arabe, qui ont mis un terme en 2001 au régime du président Ben Ali. "C’est la corruption qui a fait exploser la Tunisie la première fois, c’est la corruption qui est en train de la faire exploser maintenant", dit-il, soulignant la nécessité de calmer rapidement la situation. Car si elle échappe au contrôle des autorités, "nous pouvons perdre tous les acquis que nous avons tant de mal à garantir à notre peuple", prévient-il.
Les violences de ces derniers jours sont "un signal fort que le peuple est là et qu’il ne peut plus attendre". En Tunisie, le taux de chômage dépasse 15 % et atteint le double chez les diplômés. La région de Kasserine est particulièrement touchée, comme tout l’intérieur du pays.