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Réunis à New York, les dirigeants des puissances diplomatiques engagées sur le dossier syrien multiplient les rencontres pour tenter de trouver une issue au conflit, qui pourrait passer par la participation de Bachar al-Assad au processus.
À la veille de l'assemblée générale des Nations unies, qui doit s'ouvrir lundi 28 septembre à New York, les poids lourds de la diplomatie mondiale ont échangé sur le dossier syrien. Occidentaux, Russes et Iraniens se sont activés pour convenir d'un "plan d'action" qui permettrait au pays de sortir d'un conflit qui dure depuis 2011.
Le secrétaire d'État américain John Kerry a notamment rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov. "Il y a eu un vaste échange de vues sur les implications militaires et politiques de l'engagement russe en Syrie, qui s'est accru", a déclaré un haut responsable américain qui a requis l'anonymat. Ils ont également évoqué l'éventualité "de reprendre les discussions en vue d'avancer sur la possibilité d'une transition politique" à Damas.
Cette réunion entre les deux chefs de la diplomatie visait à préparer l'entretien lundi - le premier en plus de deux ans - entre le président américain Barack Obama et son homologue russe Vladimir Poutine, allié du régime de Damas.
Alors que la France a annoncé avoir mené ses premières frappes en Syrie, le président français François Hollande a de son côté rencontré un autre soutien de Bachar al-Assad, le président iranien Hassan Rohani. Le chef de l'État français a signifié à son homologue que Téhéran pouvait être un facilitateur pour un réglement politique du conflit syrien, selon une source diplomatique.
La question du maintien de Bachar al-Assad
L'option de la transition politique était sur toutes les lèvres ce week-end, mais les différents acteurs n'arrivent pas à s'accorder sur la place que doit y tenir Bachar al-Assad.
François Hollande a déclaré que la solution favorisée par Paris "suppose d'intégrer toutes les parties prenantes (à la crise), et la France discute avec tous et n'écarte personne". Mais le président français a réitéré son opposition à la participation de l'homme fort de Damas à la transition : "L'avenir de la Syrie ne peut pas passer par le président syrien Bachar al-Assad".
La France semble de plus en plus esseulée sur ce point. Après les déclarations récentes de la chancelière allemande Angela Merkel et John Kerry, qui ont assoupli leur position, c'est au tour dimanche du Premier ministre britannique David Cameron de mettre de l'eau dans son vin. Selon la chaîne britannique Sky News, le dirigeant conservateur concèderait un rôle à Bachar al-Assad dans la transition, tout en maintenant qu'il devra quitter le pouvoir sur le long terme.
Le président iranien est lui allé jusqu'à déclarer dimanche, sur la chaîne américaine CNN, que "tout le monde a accepté un maintien d'Assad afin de combattre les terroristes". Pour Téhéran, la priorité est de vaincre les jihadistes en Syrie, "puis des plans doivent être mis en action pour entendre les voix de l'opposition".
Moscou pour une nouvelle coalition contre les jihadistes
Ces concessions faites au principe, initialement défendu par toutes les puissances occidentales, du départ de Bachar al-Assad comme préalable aux négociations, est la conséquence de l'offensive diplomatique et militaire russe, qui bouscule depuis plusieurs semaines le camp occidental, en panne de stratégie. Vladimir Poutine estime que le seul moyen de trouver une sortie de crise est de soutenir le régime de Damas, seul rempart contre le terrorisme.
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Le président russe a de plus proposé dimanche une nouvelle coalition en Syrie pour combattre l'organisation de l'État islamique (EI). Dans un entretien à la télévision américaine CBS, diffusé dimanche mais réalisé il y a plusieurs jours, il a annoncé qu'il cherchait à mettre en place avec "les pays de la région (...) une sorte de cadre de coordination" contre les jihadistes de l'EI en Syrie et en Irak.
"Nous aimerions avoir une plateforme commune pour une action collective contre les terroristes", a déclaré le président russe, qui a précisé qu'il avait "personnellement informé" les souverains saoudien et jordanien de sa proposition, ainsi que les États-Unis, qui mènent l'actuelle coalition contre l'EI dans la région.