Économiser au moins 14 860 milliards d’euros d’ici à 2050 en développant des villes plus "vertes", c'est la conclusion du rapport d’une commission internationale, publié mardi, sur le développement des villes "vertes".
"L'environnement, ça commence à bien faire", déclarait en 2010 Nicolas Sarkozy. Un rapport, publié mardi 8 septembre, sur les bienfaits économiques des "villes vertes" tord le cou à cette idée reçue d'un antagonisme entre économie et écologie.
Le passage à des zones urbaines plus écologiques permettrait d’économiser 16 600 milliards de dollars (14 860 milliards d’euros) d’ici à 2050, estime cette étude rédigée par les experts de la "Global Commission on the Economy and the Climate", un organisme qui réunit 27 anciens chefs d’État, ministres des finances et personnalités scientifiques.
Seulement les avantages directs
C’est un argument de poids "pour combattre l’idée fausse que la politique environnementale est coûteuse", assure Vincent Viguié, chercheur au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired). Pour y parvenir, les villes et villages du monde entier devraient prendre le virage d’un développement plus durable et réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre au plus tard en 2020.
Le rapport liste une série de mesures qui permettraient de réduire la facture énergétique des villes, tels que le développement des transports en commun, du vélo, la mise aux normes environnementales des immeubles ou encore la prolifération des panneaux solaires. Rien de révolutionnaire dans ces propositions : "Ce sont des pistes connues, mais ce que le rapport apporte, c’est une synthèse globale qui permet de chiffrer les économies attendues par ces changements", résume Vincent Viguié.
Les profits réalisés viennent des économies d’énergie réalisées grâce à ces transformations citadines. Les auteurs du rapport retiennent un scénario central dans lequel les tarifs de l’énergie progresseront en moyenne, de 2,5 % par an jusqu’à 2050. Ils assurent ainsi qu’un usage plus répandu des voitures électriques en ville permettra d’économiser 777 milliards de dollars en 35 ans, tandis que l’utilisation massive d’ampoules et d’appareils ménagers éco-efficients entraînerait une réduction des dépenses de 560 milliards de dollars.
Ces calculs ne prennent en compte "que les avantages directs de ces mesures, c’est-à-dire les seuls bénéfices de l’économie d’énergie”, souligne Vincent Viguié. Pourtant, il existe d’importants bénéfices économiques indirects d’une telle politique environnementale, rappelle cet expert. Le développement des transports en commun, par exemple, devrait limiter les bouchons et améliorer les temps de trajet et la productivité des salariés. "L’effet associé à une augmentation du taux de pénétration des voitures électriques est de réduire la pollution de l’air, ce qui a un impact sur les dépenses de santé", ajoute le chercheur du Cired.
Blocages politiques
Il faut savoir adapter les mesures aux types de villes concernées, note aussi le rapport. Paris bénéficierait davantage d’une politique de mise aux normes environnementales des immeubles quand une ville en développement d’Afrique ou d’Amérique du Sud aurait intérêt à miser sur un réseau efficace de transports en commun.
Encore faut-il que les édiles locaux soient prêts à entreprendre ces changements. "Le problème est, qu’à court terme, une telle politique est très coûteuse", reconnaît Vincent Viguié. À une époque où la maîtrise des budgets est devenue le nouveau mantra politique, cette révolution "verte" risque de ne pas être bien accueillie. Les villes, souvent très endettées, n’ont pas forcément les marges de manœuvre financière pour passer à une flotte toute neuve de bus "éco-friendly" ou investir dans la rénovation d’immeubles anciens.
Certes, les investissements d’aujourd’hui sont les économies de demain. Mais un maire élu pour six ans va-t-il risquer de dilapider son capital politique en initiant des réformes coûteuses (qui peuvent nécessiter des augmentations d’impôts) dont les bénéfices auréoleraient son successeur ? Les auteurs du rapport reconnaissent que c’est peut-être l’obstacle principal à la réalisation de leur proposition. Pourtant, sans cet effort financier initial, il est presque impossible que l’empreinte carbone des villes soit conforme aux préconisations des scientifiques pour que la hausse de la température mondiale se limite à 2°C d’ici à 2100.