
La justice égyptienne a condamné à trois ans de prison ferme trois journaliste de la chaîne qatarie Al-Jazira. Ils étaient accusés d'avoir "diffusé de fausses informations" pour soutenir les Frères musulmans.
Les trois journalistes d'Al-Jazira poursuivis par la justice égyptienne ont été condamnés samedi 29 août à trois ans de prison ferme.
Deux d'entre eux, le Canadien d'origine égyptienne Mohamed Fahmy et l'Égyptien Baher Mohamed ont été libérés sous caution en février après avoir passé plus d'un an derrière les barreaux. Ils ont été de nouveau emprisonnés après l'énoncé du jugement.
Le troisième, l'Australien Peter Greste, avait été remis en liberté puis expulsé d'Égypte. Il échappe de ce fait à un nouvel emprisonnement. Tous trois travaillaient pour l'antenne anglophone d'Al-Jazira.

Accusés d'avoir "diffusé de fausses informations" pour soutenir les Frères musulmans, les trois journalistes ont toujours nié tout acte délictueux. Ils se sont dits victimes d'un règlement de compte politique entre les autorités du Caire et le Qatar, soutien des Frères musulmans de l'ancien président Mohamed Morsi, déposé par l'armée en juillet 2013 après de grandes manifestations contre son pouvoir.
Leur arrestation en décembre 2013, leurs mauvaises conditions de détention et leur procès ont fait l'objet de vives critiques de la part de la communauté internationale qui a multiplié les appels à clore l'affaire. En vain.
"La seule issue juste de ce procès c'était un acquittement", a indiqué Amal Clooney, l'avocate de M. Fahmy, après le verdict, soulignant "le manque de preuves".
Demande de grâce présidentielle
Avant l'audience, l'avocate avait prévenu qu'elle rencontrerait des responsables du gouvernement pour demander, en cas de condamnation, une grâce présidentielle ou une expulsion. Mohamed Fahmy, le journaliste canadien, a d'ailleurs renoncé à sa citoyenneté égyptienne pour pouvoir être lui aussi expulsé, comme son collègue australien. Sans succès jusqu'à présent.
Lors d'un premier procès en juin 2014, M. Fahmy et M. Greste, l'Australien, avaient écopé de sept ans de prison et M. Mohamed de 10 ans. Des peines qui avaient suscité une pluie de critiques internationales, notamment de la part de Washington et de l'ONU. Quelques mois plus tard, la Cour de cassation avait annulé les condamnations des journalistes employés par l'antenne anglophone d'Al-Jazira, ordonnant un nouveau procès.
Le président Abdel Fattah al-Sissi, l'ex-chef de l'armée architecte de la destitution de M. Morsi, avait reconnu qu'il aurait mieux valu expulser les reporters plutôt que de les juger.
L'affaire avait débuté en pleine crise entre l'Égypte et le Qatar, à couteaux tirés depuis l'éviction de M. Morsi. Le Caire reprochait à Doha de soutenir les Frères musulmans, notamment via Al-Jazira, dont les antennes arabophones ont dénoncé la destitution de M. Morsi et la sanglante répression qui s'est abattue sur ses partisans et a fait plus de 1 400 morts en juillet 2013.
Londres et La Haye se sont déclarés "inquiets" samedi. "Je suis profondément préoccupé par les condamnations prononcées aujourd'hui contre des journalistes en Égypte", a indiqué dans un communiqué le secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères Tobias Ellwood.
Le ministre néerlandais des Affaires étrangères a, lui, appelé les "autorités égyptiennes à libérer les journalistes, à moins que les accusations ne soient justifiées".
Avec AFP et Reuters