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Le conflit social entre les marins de la Scop SeaFrance et Eurotunnel, le propriétaire des bateaux qu'ils exploitent, a continué mardi avec le blocage du tunnel sous la Manche. Le port de Calais a lui été débloqué sur demande du gouvernement.
L'affrontement continue. L’accès au tunnel sous la Manche a de nouveau été bloqué par les salariés de la Scop SeaFrance, exploitante de la compagnie maritime MyFerryLink, mardi 21 juillet aux alentours de midi, après une précédente action coup de poing fin juin contre la société Eurotunnel, propriétaire des bateaux.
Pendant plus de deux heures, vacanciers et routiers sont restés bloqués sur la rocade d'accès au tunnel, où les marins avaient mis le feu à des tas de pneus dégageant une épaisse fumée noire s'échappant vers le centre-ville de Calais, sous le regard de nombreux migrants au bord de la route. Face aux importants bouchons, les policiers ont invité les automobilistes à faire demi-tour sur le tronçon Boulogne-Calais, avant que l'action ne prenne fin vers 13 h.
En parallèle, les plus de 300 marins présents, selon le syndicat maritime nord, ont levé le blocage partiel du port de Calais, permettant aux bateaux de la compagnie rivale DFDS de reprendre un trafic normal, comme le leur avait expressément demandé le gouvernement la veille. Le déblocage total du port de Calais restera en vigueur jusqu'à vendredi matin, où une nouvelle assemblée générale doit avoir lieu. "Nous autoriserons l'accès à DFDS jusqu'à 10 h (vendredi)", a précisé Éric Vercoutre, secrétaire général du syndicat maritime nord, ultra-majoritaire au sein de la Scop.
Les 600 salariés de SeaFrance sont dans l'expectative depuis que le propriétaire des bateaux qu’ils exploitent, Eurotunnel, a annoncé en janvier son intention de louer deux des trois navires à la compagnie danoise DFDS. Si celle-ci s'est engagée à acheter les navires à terme selon Eurotunnel, elle ne devrait conserver que 202 emplois. Avec une centaine de marins qui continueront à opérer sur le troisième bateau, près de 300 resteront donc sur le carreau après la vente des ferries, pour l’instant occupés par des salariés en colère.
Réunion au ministère des Transports
Avant le blocage, les marins de la Scop s’étaient réunis dans la matinée en assemblée générale pour discuter des actions à envisager au lendemain d'une réunion au ministère des Transports entre les différentes parties du dossier MyFerryLink. Elle s'est terminée sans résultats concrets malgré "quelques avancées", selon le syndicaliste Éric Vercoutre. Une nouvelle réunion est prévue mercredi.
Selon Bruno Landy, président du conseil de surveillance de la Scop, ce nouveau blocage du tunnel sous la Manche visait en particulier à protester contre le refus d'Eurotunnel d'honorer des créances à l'égard de la Scop, à hauteur de 6,2 millions d'euros, ce qui rend impossible, selon lui, le versement des salaires en juillet.
Les marins comptent également déposer un référé pour demander que ces sommes leur soient payées, a confirmé l'administrateur Emmanuel Hess. Il espère que cette procédure judiciaire puisse aboutir avant jeudi, jour où le tribunal de commerce de Boulogne-sur-mer doit statuer sur la liquidation ou non de la Scop. "Mais ça risque d'être difficile", a-t-il estimé.
Du côté d'Eurotunnel, on renvoie la faute sur les marins. C'est la Scop qui doit de l'argent à Eurotunnel, "en raison des pénalités de non-restitution des navires", a déclaré une porte-parole du groupe. "On appelle à une mise en liquidation de la Scop, ce qui permettrait que les salariés soient payés et que DFDS puisse envisager une reprise des salariés et de mettre en place une solution d'affrètement pour le Nord-Pas-de-Calais (navire de fret)".
Avec AFP