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L'opposition au Burundi estime "impossible" la tenue la semaine prochaine des élections législatives et municipales, en raison du "désordre" dans le pays où la contestation contre un troisième mandat de Pierre Nkurunziza fait rage.

Les élections législatives et municipales au Burundi doivent se tenir le 5 juin, dans une semaine. Pourtant la crise politique est loin d'être finie :  l'opposition juge la tenue des scrutins "impossible" en raison du "désordre" et de l'insécurité dans le pays et a appelé la communauté internationale à ne pas "cautionner" ce qu'elle qualifie d'ores et déjà de "hold-up électoral".

"Le pays a sombré dans une situation de désordre politique et sécuritaire qui ne peut en aucun cas permettre des élections apaisées, inclusives, transparentes, libres et crédibles", selon une déclaration de l'opposition. "Il ne peut y avoir qu'un hold-up électoral qui est en train d'être mis en avant par le président Nkurunziza."

"Cautionner un tel processus revient à soutenir une prévisible guerre civile au Burundi", ajoute l'opposition, qui demande aux partenaires internationaux du Burundi de "ne jamais reconnaître les résultats d'élections qui auront été organisées par Nkurunziza dans ces conditions".

Dans les rues de Bujumbura, la police déployée en masse est parvenue pour la première fois mercredi 27 mai au matin à empêcher quasiment toute manifestation, un mois après le début de la contestation populaire contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

Dans les quartiers de Musaga, Nyakabiga, Kanyosha et ailleurs, les policiers ont pris position avant l'aube sur les avenues, dans les ruelles, aux rond-points et carrefours pour prévenir tout rassemblement, intervenant immédiatement à coups de lacrymogènes et tirs de sommation pour disperser tout groupe suspect.

"Le phénomène Imbonerakure prend de l'ampleur"

La veille au soir, au moins une personne avait été tuée lors d'une descente d'"Imbonerakure", la ligue de jeunesse du CNDD-FDD, le parti au pouvoir en civil, dont certains membres étaient armés, selon des habitants.

Selon un leader du mouvement anti-troisième mandat, Pacifique Nininahazwe, ce "phénomène Imbonerakure prend de l'ampleur" depuis plusieurs jours, avec des "opérations punitives" menées par des membres présumés du groupe (que l'ONU considère comme une milice) dans les quartiers contestataires.

Parfois armés de grenades et d'armes de poing, ces assaillants "viennent tous de Kamenge", un quartier nord de Bujumbura acquis au CNDD-FDD, et sont presque toujours accompagnés de policiers lors de leurs descentes pour faire face aux manifestants, a accusé Pacifique Nininahazwe.

Depuis un mois, les manifestations sont quasi quotidiennes dans la capitale, émaillées de nombreux heurts avec la police. Les violences ont fait une trentaine de morts et ne cessent de s'intensifier, la police utilisant largement ses armes à feu.

Une figure du mouvement anti-troisième mandat a été assassinée samedi, et trois personnes ont été tuées dans une attaque à la grenade sur la foule en plein centre-ville vendredi.

Des élections déjà reportées

Les législatives et municipales avaient déjà été reportées d'une dizaine de jours sous la pression internationale. Suivront ensuite une présidentielle, le 26 juin, et des sénatoriales le 17 juillet.

Un timide "dialogue", initié la semaine dernière sous l'égide de l'ONU et de l'Union africaine (UA), a été suspendu après les violences du week-end. Le blocage reste total entre les deux camps sur la question du troisième mandat. Les dirigeants des pays de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) se réuniront dimanche en Tanzanie, à Dar es Salam, pour tenter de trouver une issue à la crise.

La marge de manoeuvre est néanmoins limitée : un report de la présidentielle n'est pas possible au-delà de la mi-août, au risque d'une vacance du pouvoir. Quant à un éventuel retrait de la candidature de Pierre Nkurunziza, le camp présidentiel a prévenu mardi que cette question était non négociable et qu'il s'agissait d'une "ligne rouge".

Avec AFP