logo

L’anomalie à l’EPR de Flamanville, un risque économique pour Areva

La découverte d’une anomalie "sérieuse", jeudi, à l’EPR de Flamanville, n’est pas qu’un souci de sécurité pour Areva. Il en va de la crédibilité de la technologie française et donc de la santé financière du spécialiste hexagonal.

Il est urgent d’attendre. Après la découverte d’une anomalie "serieuse" dans la cuve de l’EPR de Flamanville, les autorités chinoises ont annoncé, jeudi 16 avril, que la mise en route des deux réacteurs EPR commandés à Areva était suspendue. Cette annonce risque de retarder leur entrée en service qui était prévue, pour le premier réacteur, dès la fin de cette année.

Areva, qui fournit les cuves aussi bien à l’EPR en chantier à Flamanville qu’à ceux construits en Chine, n’avait pas besoin d’une telle annonce. Car, pour le géant français de l’atome, qui n'a pas dégagé de bénéfice depuis quatre ans et a subi une perte de 4,8 milliards d'euros en 2014, le temps, c’est beaucoup d’argent. Les retards à répétition en Finlande ont déjà coûté près de 4 milliards d’euros en plus. Le réacteur finlandais devait être mis en route en 2009, il ne le sera probablement pas avant 2018.

"Aussi crucial que l’iPhone pour Apple"

Le problème détecté par l’Autorité de sûreté nucléaire à Flamanville est loin de n’être qu’une question de sécurité ou de technologie. Les conséquences économiques peuvent se faire ressentir très rapidement. "Le projet EPR est crucial pour la stratégie de croissance d’Areva. C’est comme l’iPhone pour Apple", souligne Thomas-Olivier Léautier, économiste spécialiste des questions d’électricité et d’énergie à la Toulouse School of Economics.

Or l’EPR ne semble pas, pour l’instant, être pour Areva la réussite spectaculaire que l'iPhone a été pour Apple. Bien au contraire. "Areva se présente comme le super champion du nucléaire, mais son échec en Finlande et ce nouveau problème prouvent que c'est loin d'être cas", tranche François Mativet, l’un des administrateurs du réseau Sortir du nucléaire.

Pour ce militant, "la question de la survie d’Areva se pose désormais". Une manière de se demander si l’anomalie détectée à Flamanville peut handicaper la capacité future du spécialiste français du nucléaire à vendre ses EPR ailleurs qu’en Finlande et en Chine. La réponse pourrait venir d’Inde : Areva avait annoncé, le 10 avril, la signature de deux accords avec New Delhi concernant le projet de construction de réacteurs nucléaires. Les négociations vont-elles se poursuivre comme si de rien n’était ?

Accélérer le rapprochement entre Areva et EDF ?

Tout dépend, pour l’économiste Thomas-Olivier Léautier, de la nature du problème. "Si c’est un problème lors de l’exécution du chantier, Areva peut rassurer et s’assurer que cela ne se reproduira plus, mais si c’est une erreur de conception de cuves pour réacteur de troisième génération, le souci est plus profond", analyse-t-il.

Dans ce dernier cas, les concurrents d’Areva risquent de sauter sur cette occasion de dénigrer leur rival. "Il y a environ cinq concurrents principaux sur le créneau des réacteurs de troisième génération, dont l’AP1000 de l’Américain Westinghouse", remarque Thomas-Olivier Léautier. En 2009, Areva avait subi un échec aussi cuisant qu’étonnant lorsque le "petit" Sud-Coréen Kepco avait décroché un giga-contrat de quatre réacteurs avec les Émirats arabes unis. Si l’anomalie "sérieuse" remet en cause la conception de la cuve, des futurs échecs à l’export pourraient être moins étonnants.

"Cela pourrait accélérer le rapprochement entre Areva et un autre groupe comme EDF", juge l’économiste. L'électricien veut, en effet, devenir l'acteur principal de la filière nucléaire française. C'est d'ailleurs lui qui négocie la construction d'un EPR en Angleterre.

******************************************************************************************************

Une anomalie, quelle anomalie ?

Le ver est dans la cuve. L’anomalie détectée, il y a une semaine, par l’Agence de sûreté nucléaire (ASN), concerne cet élément essentiel de l’EPR de Flamanville. Le cœur du réacteur y est en effet logé et la cuve participe à contenir la radioactivité.

Mais celle livrée par Areva à Flamanville présenterait justement un risque de fissure et donc de fuite de produit radioactif. Le souci vient du couvercle et du fond de cet immense contenant de 11 mètres de haut. L’ASN a constaté que la teneur en carbone de l’acier utilisé était "supérieure à celle attendue". Par conséquent, prévient l’autorité, la résistance au choc du couvercle et du fond risque de ne pas être à la hauteur.