
L'Arabie saoudite a lancé jeudi une opération militaire au Yémen impliquant plus de dix pays, dont ses alliés du Golfe et l'Égypte, pour contre l'avancée de la milice chiite des Houthis, qui a contraint le président yéménite Hadi à fuir.
L'Arabie saoudite a lancé jeudi 26 mars une opération militaire au Yémen impliquant plus de dix pays, dans le but de faire reculer les rebelles chiites houthis. Ces derniers assiègent désormais la ville d'Aden, où le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi avait été contraint de se réfugier.
Dès mardi et après avoir maintes fois dénoncé un "coup d'État" des Houthis, le président Hadi avait confirmé avoir sollicité les monarchies sunnites du Golfe pour une "intervention militaire" et avoir exhorté l'ONU à adopter une "résolution contraignante" pour stopper l'avancée rebelle.
Une dizaine de pays impliqués
L'Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Bahreïn et les Émirats arabes unis ont indiqué dans un communiqué avoir "décidé de répondre à l'appel du président Hadi de protéger le Yémen et son peuple face à l'agression de la milice des Houthis". L'Égypte, la Jordanie et le Soudan ont d'ores et déjà confirmé leur participation à cette coalition. Le Maroc et le Pakistan examinent la demande du royaume saoudien.
La Maison Blanche a indiqué qu'elle apportait un soutien "en logistique et en renseignement" à l'opération. Une opération que l'Iran a condamnée jeudi matin, dénonçant une "démarche dangereuse (...) violant les responsabilités internationales et la souveraineté nationale".
Les frappes ont commencé dans la nuit de mercredi à jeudi, alors que des forces alliées aux rebelles chiites s'étaient emparées mercredi de l'aéroport international d'Aden.
Aden est le fief du président Hadi, où il s'était réfugié après la prise de la capitale Sanaa début février par les Houthis, soupçonnés de liens avec l'Iran chiite et l'ex-président Ali Abdallah Saleh, poussé en 2012 au départ après 33 ans au pouvoir. Joint par Washington au téléphone mercredi soir, Mansour Hadi a affirmé avoir quitté sa résidence à Aden, sans préciser où il se trouvait.
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Les forces pro-président ont repris l'aéroport d'Aden
Les opérations se limitent pour le moment à des frappes aériennes sur différentes cibles au Yémen, mais d'autres forces militaires sont mobilisées et la coalition "fera tout ce qu'il faudra", a expliqué l'ambassadeur saoudien aux États-Unis, Adel al-Jubeir.
Selon des sources militaires au Yémen et des témoins, plusieurs sites sensibles tenus par la rébellion à Sanaa, dont une base aérienne et le palais présidentiel, ont été visés jeudi dans le cadre de cette opération et un incendie s'est déclaré dans le palais présidentiel.
Les raids ont cessé aux premières heures de la journée, selon les habitants. Ils ont permis de "détruire les défenses aériennes des rebelles houthis, la base aérienne Al-Daïlami (attenante à l'aéroport de Sanaa), des batteries de missiles SAM et 4 avions de combat", selon un premier bilan cité par l'agence saoudienne Spa.
Les forces loyales au président ont également annoncé avoir repris l'aéroport, d'où se sont précipitamment retirés les rebelles. Les militaires de la 39e brigade blindée, qui s'étaient alliés aux rebelles chiites houthis, "ont fui ce matin l'aéroport" conquis la veille, a déclaré un officier de sécurité, ajoutant que les "comités populaires" (supplétifs de l'armée pro-Hadi) en "ont repris le contrôle".
Guerre par procuration entre l'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite
La crise au Yémen, pays pauvre de la péninsule arabique, s'est envenimée depuis septembre 2014, quand les Houthis ont déferlé sur la capitale Sanaa pour y contester le pouvoir de Mansour Hadi et dénoncer un projet de Constitution sur un État fédéral, qui priverait son fief dans le Nord d'un accès à la mer.
Pour les experts, le Yémen, écartelé entre le Nord dominé par les Houthis et le Sud par les pro-Hadi, est le théâtre d'une guerre par procuration entre l'Iran chiite et le royaume saoudien sunnite, qui risque d'aboutir à une désintégration du pays.
À cela s'ajoutent les actions du groupe terroriste sunnite Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), bien implanté dans le Sud-Est.
Pour ajouter au chaos, l'organisation jihadiste de l'État islamique, qui sévit dans plusieurs pays arabes, vient de revendiquer sa première attaque au Yémen, qui a fait vendredi plus de 140 morts dans des mosquées à Sanaa.
Avec AFP et Reuters