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Qui sont les gagnants et les perdants de la quasi-parité euro dollar ?

Pour la première fois en douze ans, l’euro est, depuis jeudi, presque à parité avec le dollar. La dépréciation de la valeur de la monnaie unique peut aider la croissance européenne. Mais tout le monde n’est pas gagnant.

Euro qui comme Ulysse a fait un beau voyage monétaire. Pour la première fois en douze ans, la parité entre la monnaie européenne et le billet vert américain était, vendredi 13 mars, presque parfaite: il fallait 1,06 dollar pour se procurer un euro. En près d’un an, la monnaie unique a perdu 24 % de sa valeur, par rapport à la devise américaine.

La parité était presque parfaite

Cette nouvelle quasi-parité entre les devises européenne et américaine vient d’un double phénomène : baisse de l’euro et hausse du dollar. Le cours de la monnaie américaine monte car l’économie se porte de mieux en mieux aux États-Unis ce qui a poussé la Réserve fédérale à arrêter d’injecter des milliards de milliards de dollars dans l’économie (ce qu’on a appelé le “Quantitative easing” ou assouplissement quantitatif) et à relever ses taux d’intérêt. Du coup, il est devenu plus intéressant d’investir dans le dollar qui rapporte plus.

Les investisseurs se sont aussi débarrassés de leurs euros car la zone euro est toujours en panne de croissance ce qui a poussé la Banque centrale européenne à maintenir ses taux très bas et à se lancer, récemment (lien), dans un programme similaire au “quantitative easing” américain pour soutenir la croissance. Du coup, l’euro est devenu un investissement de moins en moins rentable.

“L’euro est maintenant à sa bonne parité”, s’est félicité le président français François Hollande, jeudi 12 mars. C’est que la France s’est longtemps faite l’avocate d’un euro plus faible, contre l’avis de l’Allemagne, parfaitement satisfaite avec un euro fort (il était à 1,37 dollar en mars 2014). Une devise faible “favorise les exportations, et particulièrement celles de la France”, explique Iain Begg, économiste spécialiste de l’Europe à la London School of Economics.

L’Hexagone exporte notamment “des voitures à bas coût et des produits de consommation courante pour lesquels le facteur prix est très important”, rappelle cet expert. Autrement dit, les pays importateurs sont davantage regardants sur la facture pour une Renault d’entrée de gamme que pour une Mercedes, qu’ils seront prêts à payer plus cher, pour pouvoir s’offrir la qualité allemande.

La France n’est pas le seul pays européen à voir d’un bon œil cette baisse de l’euro par rapport au dollar. Il en va de même pour d’autres États européens qui misent de plus en plus sur les exportations, comme l’Espagne ou encore la Grèce. Cette nouvelle quasi-parité avec le dollar est en fait “globalement une bonne chose pour la zone euro, car elle peut aider à doper la croissance”, note Iain Begg.

Nein à l’inflation

Pourquoi, alors, l’Allemagne s’est-elle montrée réticente à l’idée de favoriser un euro plus faible ? D’abord, parce Berlin est déjà le champion des exportations, et n’a pas particulièrement besoin d’un coup de pouce supplémentaire. Mais surtout, une monnaie faible fait peser un risque d’inflation sur la zone euro. “Les importations vont être plus chères, ce qui peut faire grimper les prix pour les consommateurs, surtout si, en plus, les tarifs du pétrole se stabilisent ou remontent un peu”, souligne Iain Begg.

Berlin a l’inflation en horreur. Pour des raisons historiques (les prix avait explosé pendant la période de l’entre-deux-guerre), mais surtout parce qu'elle se marie assez mal avec son modèle économique fortement tourné vers les exportations. Les réformes de l’ère Schröder (au début des années 2000) ont eu pour objectif de faire baisser le coût du travail, afin de rendre la main d’œuvre allemande plus compétitive. Conséquence : les salaires de certains travailleurs (notamment dans le secteur des services) est assez bas, et toute hausse des prix peut avoir un impact important sur leur pouvoir d’achat.

Autre acteur qui pourrait s’inquiéter de la dépréciation de l’euro : Washington. Certes, le touriste américain pourra s’acheter davantage d’euros avec ses billets verts pour boire des cafés au pied de la butte Montmartre à Paris. Mais la hausse du dollar risque de rendre les entreprises exportatrices américaines moins compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes.

Pour Iain Begg, ce risque pour l’économie américaine est cependant plus théorique qu’autre chose. Il rappelle, en effet, que “La priorité des exportateurs américains n’est plus l’Europe, mais la Chine, et plus généralement l’Asie”, où la quasi-parité entre l’euro et le dollar compte (de fait) beaucoup moins.