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Des rebelles houthis se sont emparés du palais présidentiel à Sanaa

Des miliciens houthis ont pris le contrôle, mardi, du palais présidentiel de Sanaa, la capitale du Yémen. Les rebelles chiites n'excluent aucune option contre le président Abd Rabbo Mansour Hadi dont la résidence est encerclée par des miliciens.

Des miliciens chiites se sont emparés, mardi 20 janvier, du complexe présidentiel dans la capitale yéménite Sanaa, tout en encerclant la résidence du président Abd Rabbo Mansour Hadi. De violents affrontements ont été rapportés par des témoins à l'intérieur même du bâtiment alors que des gardes du palais, où n'était pas présent le chef de l’État, disent avoir abandonné le bâtiment aux rebelles chiites, maîtres de Sanaa depuis septembre dernier.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné cette offensive et exprimé son soutien au président yéménite. Le Conseil souligne dans une déclaration adoptée à l'unanimité que Abd Rabbo Mansour Hadi "est l'autorité légitime" et que "toutes les parties et tous les acteurs politiques au Yémen doivent soutenir le président Hadi", son Premier ministre et son gouvernement pour "garder le pays sur le chemin de la stabilité et de la sécurité".

Les miliciens houthis défient l'ONU

"Les miliciens houthis sont entrés dans le complexe (du palais présidentiel) et pillent des armes dans les dépôts", a déclaré dans la journée un haut responsable à l'AFP. Un cadre houthi, Ali Al-Bukhaiti, a confirmé sur son compte Facebook que le mouvement Ansaruallah "avait pris le contrôle du complexe présidentiel".

De son côté, la ministre de l'Information Nadia Sakkaf a affirmé sur son compte Twitter que le palais présidentiel était la cible depuis 15 h (12 h GMT) d'une attaque des miliciens chiites "qui veulent renverser le régime".

D'autres combattants d'Ansaruallah étaient engagés mardi dans des combats avec des soldats gouvernementaux protégeant la résidence du président Abd Rabbo Mansour Hadi, alors que le chef de l'État se trouvait à l'intérieur. Selon des témoins, ils étaient moins intenses en fin d'après-midi.

Mardi soir, le chef des Houthis a affirmé n’exclure aucune option contre le président Abd Rabbo Mansour Hadi. "Toutes les options sont ouvertes dans cette action, a-t-il précisé dans un discours télévisé. (…) Personne, qu'il soit président ou non, ne sera au-dessus de nos mesures s'il fomente un complot contre le pays." Il a accusé personnellement le président Hadi de "couvrir les pratiques de corruption", ajoutant que son fils était impliqué dans des opérations frauduleuses.

Il a par ailleurs assuré que son mouvement était prêt à faire face à "toute mesure" que prendrait l'ONU. "Je dis au Conseil de sécurité : vous ne tirerez aucun avantage d'une quelconque mesure que vous voulez prendre", a asséné le jeune chef chiite, portant l'habit traditionnel et arborant fièrement à la ceinture un jambia (le poignard recourbé yéménite). Et d’ajouter : "Nous sommes prêts à faire face aux conséquences, quelles qu'elles soient."

Opposition à la nouvelle Constitution

En prenant le contrôle de lieux symboliques du pouvoir, Ansarullah semble ainsi chercher à renforcer son emprise sur Sanaa, où elle était entrée le 21 septembre et en contrôlait jusqu'ici les principaux secteurs et bâtiments publics. Le regain de violences est intervenu deux jours après l'enlèvement, le 17 janvier, par les miliciens chiites d'Ahmed Awad ben Moubarak, le chef de cabinet du président et l'un des architectes du projet de nouvelle Constitution.

Ahmed Awad ben Moubarak, qui a supervisé la rédaction de ce projet de Loi fondamentale, avait dirigé le processus de dialogue national lancé après le départ de l'ancien président Ali Abdallah Saleh en février 2012 après un an de soulèvement. Les miliciens chiites, qui n'ont cessé de monter en puissance depuis leur entrée dans la capitale, s'opposent à ce texte qui prévoit un Yémen fédéral, composé de six régions.

Le découpage du pays les priverait en effet d'un accès à la mer, l'une de leurs principales quêtes depuis qu'ils ont quitté leur fief montagneux de Saada, dans le nord, pour conquérir de larges portions du territoire yéménite.

Avec AFP et Reuters