
Le journal "Charlie Hebdo", bouclé lundi soir par l'équipe des survivants de la rédaction, a choisi le prophète Mahomet en une de sa première édition depuis l’attentat qui a fait 12 morts, mercredi 7 janvier à Paris.
"Charlie Hebdo" ne pliera pas. Fidèle à son esprit libertaire, la rédaction du journal satirique a choisi de représenter Mahomet en une de son prochain numéro, qui sortira mercredi 14 janvier. Sur la couverture de l’hebdomadaire, on peut en effet voir le prophète qui pleure et tient entre ses mains une pancarte "Je suis Charlie", le désormais célèbre slogan qui a fait le tour de la planète depuis mercredi. Au-dessus de ce croquis de Luz, le journal titre "Tout est pardonné".
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"Dans chaque numéro de 'Charlie Hebdo' depuis 22 ans, il n'y en a pas un où il n'y ait pas de caricatures du pape, de Jésus, de curés ou de rabbins, d'imams et de Mahomet", explique l’avocat du journal Me Malka. "L'étonnant serait qu'il n'y ait pas" de dessins de Mahomet dans ce numéro. "On ne cédera rien, sinon tout ça n'aura pas eu de sens. L'état d'esprit ‘Je suis Charlie’" cela veut dire aussi le "droit au blasphème", a-t-il commenté. "Charlie Hebdo" n'est "pas un journal violent mais irrévérencieux, qui porte le rire" et réfute avec virulence toute accusation d'islamophobie.
Interrogé sur la question de savoir si le journal est "islamophobe", Richard Malka a répondu que "Charlie Hebdo" "s'en est pris bien moins à l'islam qu'au christianisme" et critiqué un "relativisme de mauvaise foi indécent et obscène".
La une la plus attendue
La rédaction a tenu à ce que le prochain numéro soit un numéro comme les autres. Il contiendra des caricatures de Cabu, Wolinski, Charb et Tignous et pas de contributions de dessinateurs extérieurs. "Ce ne sera pas un numéro hommage, car ce n'est pas l'esprit de 'Charlie Hebdo'", a encore expliqué l’avocat.
Jamais la une de cet hebdomadaire satirique n’avait été aussi attendue. Elle a été communiquée dès lundi et a été largement diffusée dans le monde entier, se retrouvant ainsi en première page du quotidien populaire "New York Post". Lors d'une conférence de presse organisée mardi 13 janvier dans les locaux de "Libération", Luz a détaillé le processus de conception de cette première page du numéro qui sortira mercredi.
Depuis plusieurs jours, les "survivants" de "Charlie Hebdo" tentaient en vain de trouver un dessin pour illustrer ce numéro. "J’avais quand même une idée qui traînait : dessiner mon personnage de Mahomet qui avait tant fait jaser. Et le faire tenir une pancarte 'Je suis Charlie'. Ça me faisait rire. C’était mon dernier jus. Alors j’ai dessiné, un tout petit dessin, et puis j’ai vu sa gueule, je l’ai regardé, et il m'a fait marrer. J’ai vu ce personnage utilisé malgré lui par des tarés qui foutent le feu, par des terroristes. Des connards qui manquent d’humour : c’est ça, des terroristes", a expliqué Luz dont les propos sont repris sur le site de "Libération".
Un tirage historique
Le tirage du numéro dit "des survivants" a été porté de un à trois millions d'exemplaires, contre 60 000 habituellement, pour satisfaire les demandes en France et sera vendu dans 25 pays, a expliqué Patrick André, directeur général des MLP (Messageries lyonnaises de presse), le distributeur du journal.
Les MLP enregistrent depuis plusieurs jours des commandes émanant des organismes les plus divers, et réclament parfois des milliers de copies : des maires qui veulent les offrir à leurs administrés, des entreprises pour leurs salariés, des théâtres pour les spectateurs ou encore des distributeurs de presse en Inde, en Australie, etc.
Des points de presse de villages qui ne vendaient que deux "Charlie Hebdo" en réclament plusieurs centaines pour mercredi. Les MLP ont même reçu l'appel d'un jeune Italien de 14 ans qui voulait le journal. À l'export, où "Charlie Hebdo" ne vendait que 4 000 exemplaires, le MLP prévoit d'en expédier 300 000, a raconté Patrick André.
"On est submergés, les points de presse réclament parfois cinquante fois la mise en vente normale. Par exemple la centrale de Cattenom veut offrir un exemplaire à chaque salarié, soit 1 500 exemplaires", a témoigné le gérant d'un dépôt de presse à Forbach.
Pour le premier million d'exemplaires, toute la recette ira au journal, le réseau de distribution ayant accepté de travailler gratuitement. Les points de vente seront livrés quotidiennement, du 14 au 19 janvier inclus. Le numéro restera en vente pendant huit semaines."Tous les 27 000 points de vente de presse français en auront, contre 20 000 habituellement. Chacun en aura au moins une dizaine, mais certains plusieurs centaines", a-t-il dit.
Avec AFP et Reuters