L'un des 43 étudiants disparus depuis fin septembre au Mexique, Alexander Mora, a pu être identifié. Samedi, à Mexico, des milliers de manifestants ont crié leur colère et réclamé la démission du président Enrique Peña Nieto.
L'ADN d'un des 43 étudiants disparus depuis fin septembre dans l'État de Guerrero, au sud du Mexique, a pu être identifié, ont révélé, samedi 6 décembre, plusieurs sources. Il s'agit d'Alexander Mora.
"Des restes correspondent à l'un des élèves étudiants de l'École normale", a annoncé, samedi 6 décembre, une source officielle à l'AFP, confirmant une information donnée précédemment par des familles des disparus.
Le ministère public ne s'est pas exprimé, mais a convoqué une conférence de presse dimanche à la mi-journée.
"Nous allons retrouver les 42 qui manquent"
itLa réaction de la rue ne s'est pas faite attendre. Au cours d'une manifestation tendue dans la capitale mexicaine, où des milliers de personnes réclamaient justice, les parents des disparus ont reconnu la mort de l'un d'entre eux, Alexander Mora, et ont promis de continuer à se battre pour retrouver les autres.
Felipe de la Cruz, porte-parole des parents des étudiants, a ainsi réaffirmé la détermination des familles : "S'ils croient que nous allons nous mettre à pleurer parce que l'ADN d'un de nos garçons a été trouvé, ils se trompent. Nous allons retrouver les 42 qui manquent". Et d'ajouter : "La graine est semée et le peuple du Guerrero est sur le pied de guerre jusqu'à ce que les coupables soient punis".
Jusqu'à présent, les parents des étudiants ont rejeté la version des autorités, selon laquelle les étudiants ont été tués par des membres du crime organisé.
Pas "la fin de l'enquête"
Peu avant la manifestation de samedi, des sources proches de l'enquête et des familles ont indiqué à l'AFP qu'une première identification ADN avait été obtenue à partir des restes carbonisés, transmis le 12 novembre à un laboratoire de l'université d'Innsbruck, en Autriche.
Ces restes avaient été découverts dans une décharge et une rivière proches de la ville d'Iguala, dans le Guerrero, où les étudiants avaient disparu le 26 septembre. Ils avaient auparavant été attaqués par des policiers locaux liés au cartel de narcotrafiquants des Guerreros Unidos, à l'instigation probable du maire de la ville.
Selon le ministère public, certaines des 70 personnes détenues dans cette affaire ont affirmé que les étudiants avaient été livrés par les policiers à des tueurs du cartel. Exécutés, leurs corps avaient été brûlés pendant quinze heures sur un bûcher géant, et leurs restes jetés dans une rivière.
Les chances d'identifier les restes étaient ténues, avait prévenu le ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam, précisant qu'il n'était possible de réaliser des tests ADN que sur deux fragments d'os.
L'avocat Mario Patron, représentant les parents, a expliqué à l'AFP qu'à la demande des familles, le laboratoire autrichien avait envoyé le résultat de l'identification d'Alexander Mora au groupe d'experts argentins qui travaillent sur cette affaire.
Les Argentins ont informé les familles vendredi, lors d'une réunion à l'école normale rurale d'Ayotzinapa, dans l'État du Guerrero, où étudiaient les jeunes, la plupart âgés de 18 à 21 ans. "Cette étape ne signifie en aucune manière la fin de l'enquête", a souligné Mario Patron.
"Il n'est pas certain que les 43 aient été à Cocula [le lieu du massacre présumé, NDLR] ni qu'ils aient été assassinés là-bas. [...] Les autorités doivent expliquer où se trouvent tous les disparus", a insisté Miguel Agustin Pro Juarez, l'avocat, qui dirige l'ONG Centre des droits de l'Homme.
Un tournant pour Enrique Peña Nieto
Si la mort des étudiants était confirmée, il s'agirait d'un des pires massacres au Mexique depuis le lancement d'une offensive militaire contre le trafic de drogues en 2006. Plus de 80 000 personnes ont été assassinées et 22 000 sont portées disparues.
Les événements d'Iguala ont marqué un tournant dans la présidence d'Enrique Peña Nieto, confronté à sa plus grave crise en deux ans de mandat. Lors de la manifestation de samedi, des milliers de personnes ont à nouveau réclamé sa démission.
"Nous voulons dire au monde que nous ne reconnaissons pas le gouvernement de Peña Nieto car il est assassin", a déclaré Felipe de la Cruz, porte-parole des parents des étudiants.
Pratiquement pas un jour ne se passe depuis l'annonce du probable massacre des 43 étudiants sans que le Mexique ne connaisse une manifestation ou une protestation, souvent avec des occupations de bâtiments publics, des blocages d'autoroutes et parfois des violences, incendies ou affrontements avec la police.
Avec AFP