Réunis à Prague, les 27 pays de l'Union européenne ont inauguré un partenariat renforcé avec six pays issus de l'ancienne sphère soviétique, visant à les stabiliser tout en évitant de leur faire miroiter une possible adhésion à l'UE.
AFP - Sous l'oeil méfiant de Moscou, l'Union européenne inaugure jeudi un partenariat renforcé avec six pays issus de la sphère soviétique, visant à les stabiliser tout en évitant de leur faire miroiter une possible adhésion au bloc européen.
Réunis en sommet à Prague jeudi après-midi, les 27 pays de l'UE devraient affirmer leur volonté de "porter leurs relations à un degré nouveau en établissant un partenariat oriental" avec trois de leurs voisins immédiats, l'Ukraine, la Moldavie, le Bélarus, et trois pays du Caucase, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan, selon le projet de déclaration obtenu par l'AFP.
Mais l'UE souligne aussi que ce partenariat - qui vise à "renforcer la stabilité" encore éprouvée récemment en Moldavie, en Géorgie ou en Ukraine, en pleine crise politique et économique - n'avancera que si les "partenaires est-européens" remplissent de multiples conditions.
Ces six pays, dont plusieurs sont encore des dictatures, s'engagent à ce que le partenariat repose sur des "valeurs fondamentales incluant la démocratie, l'Etat de droit, le respect des droits de l'Homme".
L'UE, qui a prévu 600 millions d'euros pour ce partenariat d'ici 2013, promet aussi d'"approfondir et d'intensifier ses relations" avec chacun des pays partenaires et de tenter d'arriver avec chacun d'eux à "un accord d'association" - que seule l'Ukraine a déjà commencé à négocier.
Mais ces accords ne pourront être envisagés qu'avec les pays "capables de respecter les engagements qui en découlent".
L'UE s'engage aussi à promouvoir "une libéralisation des visas" avec ces pays, mais ce n'est qu'un "objectif à long terme", tant certains pays à l'Ouest de l'UE craignent une augmentation de l'immigration illégale et une criminalité incontrôlée.
Ces pays - France, Allemagne, Bénélux notamment - ont insisté pour que le texte reste prudent. Prudence justifiée, selon le diplomate en chef de l'UE Javier Solana, par les "différences importantes" entre les six pays, l'Arménie et le Bélarus par exemple étant restés proches de Moscou.
Mais la présidence tchèque de l'UE, la Pologne et la plupart des ex-pays du pacte de Varsovie désormais dans l'UE voulaient aller plus loin.
Eux considèrent que ces pays pourraient un jour être candidats à une adhésion à l'UE, ce que Berlin, Paris ou Luxembourg refusent d'envisager.
L'Ouest de l'UE juge en effet les promesses d'adhésion faites aux pays des Balkans déjà suffisamment difficiles à gérer, et veulent éviter d'envenimer les relations avec Moscou, qui ne cesse d'accuser les Européens de vouloir étendre leur "sphère d'influence" avec ce partenariat.
Mercredi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a encore prévenu l'UE contre toute "tentative de créer de nouvelles lignes de partage" en Europe, qui obligeraient ces pays à "choisir entre la Russie et l'UE".
Accusations encore rejetées jeudi par la commissaire aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, qui a indiqué à la radio allemande que "la Russie n'a aucun souci à se faire", et qu'elle avait tout à gagner d'une "stabilisation de ce qui est aussi son voisinage".
N'empêche que les Européens sont "attentifs à ces remarques de la Russie", et veulent éviter qu'il y ait trop de "contradictions" entre les desiderata russes et les leurs, selon un diplomate.
Certains pays sont d'autant plus prudents qu'ils ne veulent pas nuire à leur engagement de renforcer la coopération avec les pays du sud de la méditerranée. Comme la France, dont le président Nicolas Sarkozy avait lancé l'Union pour la méditerranée en juillet 2008.
M. Sarkozy a d'ailleurs laissé son Premier ministre François Fillon le représenter à ce sommet. Signe aussi de l'affaiblissement de la présidence tchèque, plusieurs autres leaders d'Europe de l'Ouest seront absents: José Luis Zapatero, José Socrates, Silvio Berlusconi, Gordon Brown et Jean-Claude Juncker.