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La chrétienne pakistanaise condamnée à mort remercie Paris

La chrétienne pakistanaise Asia Bibi, condamnée en 2010 à la peine de mort pour avoir "insulté" le prophète Mahomet, attend toujours dans le couloir de la mort. Dans une lettre publiée lundi, elle remercie la maire de Paris pour son soutien.

Il y a quatre jours, la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), a demandé au président pakistanais Mamnoon Hussain de gracier Asia Bibi, cette jeune catholique condamnée à mort pour blasphème. "C'est ce que je lui demande solennellement en mon nom personnel, en celui de Paris et des Parisiens", écrit l'édile, ajoutant que "Paris, capitale des droits humains, s'engage, si elle le souhaite, à la recevoir de manière permanente, ainsi que ses proches".

Lundi 17 novembre, Asia Bibi a tenu à répondre personnellement à la requête d'Anne Hidalgo. "Dans ma petite cellule sans fenêtre, les jours et les nuits se ressemblent, mais si je tiens encore debout c'est grâce à vous tous. Mon cœur se réchauffe lorsque Ashiq [son mari] me montre les photos des personnes que je ne connais pas qui boivent un verre d'eau en pensant à moi. Et j'apprends que la Ville de Paris veut de nous. Je veux remercier toutes les personnes à Paris et la maire. Vous êtes ma seule chance de ne pas mourir au fond de ce cachot. S'il vous plaît, ne me laissez pas tomber. Je n'ai pas blasphémé".

Le texte, publié dans "Le Figaro", le 17 novembre, a été recueilli par le mari d'Asia Bibi, Ashiq Masih, puis traduit par la journaliste Anne-Isabelle Tollet, coauteur, avec Asia Bibi, de son témoignage sur l'affaire : "Blasphème". 

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La chrétienne pakistanaise, mère de cinq enfants, avait été condamnée à mort pour blasphème en novembre 2010, un an après une dispute avec des femmes musulmanes de son village concernant le prophète Mahomet. La querelle avait dégénéré lorsque ces femmes avaient refusé de boire de l'eau dans un verre qu'Asia Bibi venait d'utiliser, jugeant le liquide impur, "haram", car venant d'une chrétienne. Ce geste a été le prélude d’un échange houleux sur les différences entre Jésus et Mahomet, un sujet très sensible au Pakistan. Quelques jours plus tard, ces même femmes relatent l'affaire à un imam local qui accuse alors la jeune chrétienne d'avoir "insulté" le prophète de l'islam, ce que celle-ci a toujours nié.

Aujourd’hui, Asia Bibi, en prison, lutte pour ne pas sombrer dans le désespoir explique son mari. "Notre famille est menacée. Avec mes cinq enfants, nous vivons cachés, au plus près d'elle, car elle a besoin de nous pour ne pas se laisser mourir. Il est indispensable que nous lui apportions des médicaments et de la bonne nourriture lorsqu'elle est malade", peut-on lire dans "Le Figaro". "Depuis que la Haute Cour de Lahore a confirmé, il y a quelques jours, la peine de mort contre ma femme, nous ne comprenons pas pourquoi le Pakistan que nous aimons s'acharne contre nous."

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Sa fille, Esham, interrogée par France 24, espère malgré tout sa libération. "On prie tous pour que maman rentre vite à la maison", confie-t-elle. Toute la famille implore la grâce présidentielle. "Nous sommes convaincus qu'Asia Bibi ne sera pas pendue si le vénérable président du Pakistan, Mammoon Hussain, accorde son pardon. On ne doit pas mourir pour un verre d'eau", implore Ashiq Masih, son mari.