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L’Écosse va-t-elle filer à l'anglaise ?

L'indépendance ou le Royaume-Uni ? Le 18 septembre, les Écossais vont devoir choisir. L’union entre Anglais et Écossais remonte à plus de trois siècles, mais la rupture apparaît aujourd'hui plausible. Nos reporters Sylvain Rousseau et Chris Moore se sont rendus sur place, à quelques jours du scrutin le plus important de l’histoire écossaise.

Grande-Bretagne, Royaume-Uni, Angleterre, Écosse… Comment ça marche ? La Grande-Bretagne, c’est une entité géographique. C’est en fait le nom de l’île qui regroupe l'Angleterre, l'Écosse et le Pays de Galles. Le Royaume-Uni, c’est la Grande-Bretagne et  l’Irlande du Nord, c’est donc une entité politique. Si l’Écosse vote pour quitter le Royaume-Uni, elle restera en Grande-Bretagne.

Pourquoi l’Écosse est-elle différente des autres entités du Royaume-Uni que sont l’Irlande du Nord et la Pays de Galles ? L’Écosse, à la différence des deux autres, n’a jamais été conquise par les Anglais, même si, au fil du temps, ils y ont maté quelques révoltes ou mouvement indépendantistes. Le rattachement de l’Écosse au Royaume-Uni en 1707 est le fruit de longues négociations. Les Anglais n’ont pu y imposer leurs lois et depuis 307 ans, les Écossais sont plus autonomes que les autres.

Contrairement à beaucoup de mouvements indépendantistes de par le monde, le mouvement écossais n'est pas mû par des questions d’identité culturelle ou de revendications territoriales. Il s’agit d’abord d’un mouvement social. Ceux qui font campagne pour l’indépendance le font avant tout pour obtenir davantage de justice sociale. Selon eux, l’Écosse est un pays riche (pétrole, whisky…) et pourrait vivre beaucoup mieux. L’objectif est donc que les Écossais prélèvent eux même leurs impôts et que cet argent reste en Écosse, afin de financer une vraie politique de santé, d’éducation et de service publique.

Pour les partisans du statu quo, le camp qui se fait appeler "Better together" ("Mieux ensemble"), ce scénario est inenvisageable. Leur argument : le Royaume-Uni, ça marche, alors pourquoi changer ? Leurs arguments sont avant tout économiques. Les réserves de pétrole en mer du Nord commencent à s’épuiser et Westminster menace d’empêcher l’Écosse d’utiliser la livre sterling. Pour eux, l’Écosse ne s’en sortira pas toute seule : le business n’y survivra pas, et ce sont surtout les petites entreprises qui en pâtiront.

L’Europe terrifiée

Le vote promet d’être serré. C’est pratiquement du 50/50. Et il reste de nombreux indécis qui peuvent faire pencher la balance. En cas de victoire du "oui" au soir du 18 septembre, l’indépendance ne serait pas effective avant mars 2016. L’Écosse se laisse le temps de négocier les termes de la sécession avec ce qui restera du Royaume-Uni. Tout y passera : la frontière maritime pour se départager les puits de pétrole, l’utilisation de la livre sterling et des services publics, la part de la dette britannique qui sera assumée par l’Écosse, l’armement nucléaire, pour l’instant stocké en Écosse, etc.

Si le Royaume-Uni se retrouve disloqué par une indépendance écossaise, il ne sera probablement pas le seul. L’Europe est terrifiée à l’idée de ce qu’il pourrait advenir. Et si le référendum faisait tâche d’huile ? La Catalogne en Espagne, la Vénétie et la Lombardie en Italie, Flamands et Wallons en Belgique… de nombreuses régions d’Europe guettent une victoire du "oui" comme un feu vert pour tenter leur chance. De nombreux États s’inquiètent de plus en plus pour leur souveraineté.

Mais si le "non" l’emporte ça sera la fin de l’histoire. Les Écossais ne pourront pas retenter leur chance avant longtemps...

Boîte de Pandore, pétard mouillé ou nouveau départ ? Le 18 septembre, le monde entier aura les yeux rivés sur l’Écosse.

À quelques jours de ce scrutin crucial pour l’avenir de l’Écosse, du Royaume-Uni et de l’Europe tout entière, nous sommes allés prendre le pouls des Écossais, plus divisés que jamais.