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Maiduguri assiégée par Boko Haram, l'armée nigeriane joue sa crédibilité

Rien ne semble pouvoir freiner l’avancée de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria. La secte islamiste encercle désormais Maiduguri, capitale du Borno. Si l’armée dit contrôler la situation, la population se sent abandonnée.

Panique et confusion planent sur Maiduguri, plus grande ville du nord-est du Nigeria. Jeudi 11 septembre, les notables de la ville ont lancé l’alerte : Boko Haram "a complètement encerclé la ville de Maiduguri", leur fief historique . La secte islamiste prépare "une attaque imminente", ajoutait dans son communiqué le Forum des anciens du Borno. "Il est clair que leur cible imminente est la ville de Maiduguri", désormais "assiégée".

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Basée à Maiduguri, une journaliste , qui préfère garder l'anonymat, a confirmé à France 24 cette menace imminente. “Tout ce que nous savons, c’est que Boko Haram veut prendre la ville", a-t-elle déclaré jeudi soir . "La vie reste correcte dans Maiduguri", a-t-elle poursuivi, notant cependant que l'accès à la ville est de plus en plus difficile. "Boko Haram a endommagé la plupart des ponts alentours. Il n’y a maintenant plus qu’une seule route, tenue par la police et l’armée, qui ont installé des check-points tous les kilomètres, pour sortir de la ville", témoigne-t-elle.

"On ne peut plus mettre les pieds dans les villages du Borno"

Une situation d’autant plus préoccupante que Maiduguri est devenue la ville de repli pour les habitants du Borno, fuyant la menace de la secte islamiste. Elle accueillerait , selon les anciens, la moitié des 4,1 millions d’habitants de l’État. Ces déplacés vivent dans des installations de fortune, "diverses écoles primaires et secondaires [sont] devenues des camps", expliquent-ils. La "famine est imminente" dans la ville, les récoltes ayant été empêchées par les violences.

Hors de Maiduguri, les exactions de Boko Haram se multiplient. "On ne peut plus mettre les pieds dans les villages alentours", explique la journaliste. Elle affirme notamment que Bama, localité située à 75 kilomètres de Maiduguri, a été reprise par Boko Haram, qui conquiert les villes du Nord-Est les unes après les autres. Partis de leurs bases dans la forêt de Sambisa et les montagnes de Mandara, les combattants contrôlent désormais une large bande de territoire le long de la frontière avec l'extrême nord du Cameroun. Ils souhaitent y établir un califat où la charia serait loi.

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Terrifiés à l’idée de voir ce scénario devenir réalité, les anciens du Borno demandent au gouvernement fédéral de "fortifier" la capitale provinciale et d’envoyer d’urgence des renforts militaires... en qui ils ne croient plus. Incapable d’arrêter l’avancée des insurgés, l’armée s’attire les foudres d’une population toujours plus désemparée. Dans leur communiqué, les anciens font part de leur sentiment d’abandon : "Nos espoirs d'être secourus par le gouvernement fédéral s'évanouissent de jour en jour", écrivent-ils.

L'armée sous le feu des critiques

Régulièrement accusée d’abandonner le nord-est du Nigeria aux milices civiles d’auto-défense, quand elle n'est pas soupçonnée de connivence avec Boko Haram, l’armée nigériane contre-attaque.

La direction de la Défense a accusé, jeudi 11 septembre sur Twitter, les médias internationaux et la presse en ligne de diffuser des "articles alarmistes", dans le but de "semer la panique dans la ville et la nation".

L’armée assure avoir lancé des attaques air-sol pour "stabiliser" les villages de Mubi, Michika, Baza, Gulak, Gwoza, Bama, Gamboru Ngala, ainsi que les autres villes contrôlées depuis peu par le groupe terroriste. "Nos efforts donnent des résultats impressionnants concernant  l’action générale que nous menons pour débarrasser ces zones de toute activité terroriste", ajoute un autre tweet de la Défense.

Les faits, eux, ne sont pas si "impressionnants". Malgré l’État d’urgence instauré depuis mai 2013 dans le Borno, ainsi que dans les États voisins d'Adamawa et de Yobe, les attaques de Boko Haram se sont multipliées ces derniers mois. Près de 2 000 personnes ont été tuées depuis le début de l’année. Parallèlement, en avril dernier, plus de 260 lycéennes ont été enlevées à Chibok ; cinq mois après, on les cherche encore.

L’armée semble  impuissante et ce n’est pas faute de moyens. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique et première économie du continent a consacré, en 2014, 20 % de son budget à la Défense, soit, 4,5 milliards d’euros. Jamais cette proportion n'a été aussi élevée dans le pays depuis la guerre civile au Biafra, entre 1967 et 1970.

Avec AFP