Mercredi matin, vingt-trois communes ont décidé de ne pas ouvrir leurs écoles, en protestation contre la réforme des rythmes scolaires. Une initiative face à laquelle l’État entend répondre sur le terrain judiciaire.
Mercredi 3 septembre, une "grosse quinzaine" de communes qui protestaient contre la réforme des rythmes scolaires ont finalement décidé de mettre leur menace à exécution. Certains établissements de ces municipalités ont donc vu leurs portes rester closes en ce premier mercredi de classe, entraînant la riposte immédiate de l'État sur le terrain judiciaire.
"Empêcher les enfants d'accéder à l'école et empêcher les enseignants d'effectuer leur mission, ça me paraît non seulement antirépublicain mais intolérable", a martelé la ministre de l'Éducation nationale Najat-Vallaud-Belkacem.
Selon elle, alors que 20 à 30 communes sur 24 000 concernées menaçaient de fermer leurs écoles, "un certain nombre de maires" se "sont rangés à la raison". "Nous allons en référer au tribunal administratif, qui fera une injonction au maire, sinon les préfets pourront se substituer aux maires", a-t-elle prévenu lors d'un déplacement à Gennevilliers [Hauts-de-Seine] en cette journée test pour cette réforme contestée.
Dès mardi, la préfecture du Pas-de-Calais est passée à l'acte en introduisant une procédure d'urgence à l'encontre du maire communiste de Billy-Montigny qui comptait laisser ses écoles fermées mercredi. Finalement, les élèves ont été accueillis en classe.
Dans le Nord aussi, la préfecture a déposé des requêtes devant le tribunal administratif contre des arrêtés de fermeture des écoles à Hautmont et Phalempin. À Haumont, une école sur neuf a malgré tout accueilli des enfants ce mercredi. Les 66 écoliers de Ganzeville (Seine-Maritime) n'ont eux pas pu accéder à leur établissement, cadenassé. Le préfet de Haute-Normandie a demandé au juge des référés d'enjoindre le maire "de laisser le libre accès aux locaux scolaires sous astreinte financière".
À Yerres (Essonne), parents et écoliers ont aussi trouvé des portes d'écoles cadenassées ou des serrures changées. Motif officiel : mercredi, c'est "nettoyage". "Incroyablement choquant", pour Anne Chatelain, enseignante à la retraite, qui s’est rangée du côté de nombreux parents.
"Libre à l'Éducation nationale de modifier ses horaires, mais il ne faut pas se défausser sur les communes", a répondu le maire Nicolas Dupont-Aignan, pris à partie dans une maternelle par des parents et enseignants. Le président de Debout la République a ensuite participé à une manifestation, à Evry, de 150 élus et parents contre la réforme.
"On ne lâchera pas"
Le maire ex-socialiste de Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône), Michel Amiel, a fait intervenir les services municipaux pour enlever les cadenas accrochés aux portails des écoles par des parents hostiles à la réforme. Il soutient toutefois le mouvement des parents qui n'ont pas voulu scolariser leurs enfants mercredi, dont certains membres du collectif des "Gilets jaunes" qui appelaient au boycott. "On ne lâchera pas, on continuera la semaine prochaine et la semaine suivante tant qu'on ne sera pas entendus", assure Thierry, père d'une petite Emma qui brandit fièrement une pancarte clamant "le mercredi je veux dormir".
À Heiteren (Haut-Rhin), l'école a été cadenassée, mais après cette action ponctuelle, la mairie a promis d'appliquer la réforme.
Dans la Loire, cinq communes ont fermé leurs écoles. À Saint-Médard-en-Forez, la maire a bien retiré les poignées de porte en signe d'opposition à la réforme. "C'est inacceptable cette situation, je suis agacée, je pense que la réforme a un sens pour les enfants qui ont un rythme compliqué", analyse Claudine, mère de deux enfants.
Cette réforme, qui chamboule les habitudes, rétablit la cinquième matinée de classe supprimée par la droite en 2008, généralement le mercredi matin, rarement le samedi. Elle vise à mieux distribuer les 24 heures de classe hebdomadaires et introduit des activités périscolaires à la charge des communes - facultatives et partiellement financées, jusqu'en 2015, par l'État et les caisses d'allocations familiales. "Tout démontre que les enfants apprennent mieux avec cinq matinées qu'avec quatre", plaide Najat Vallaud-Belkacem.
L'an dernier, 4 000 communes ont lancé la réforme, devenue obligatoire cette semaine pour 4,6 millions d'écoliers dans les 20 000 communes restantes.
Certains des maires qui avaient combattu la réforme ont finalement décidé de l’appliquer, à l’image de l'ex-président de l'UMP Jean-François Copé, maire de la ville de Meaux, en Seine-et-Marne.
Avec AFP