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Irak : la stratégie d’Obama contre l’EIIL sous le feu des critiques

"L’opération limitée" décidée par l’administration Obama contre les djihadistes radicaux de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) est loin de faire l’unanimité aux États-Unis. Et pas seulement du côté des républicains.

Alors que les frappes américaines, entamées le 8 août en Irak, contre les djihadistes radicaux de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) se poursuivent, les modalités de cette intervention sont loin de faire l’unanimité aux États-Unis. Si l’ensemble de l’échiquier politique américain s’accorde à dire que Washington se devait de réagir militairement face aux développements irakiens, il n’en reste pas moins que les choix de Barack Obama sont critiqués de toute part.

Quand certains lui reprochent d’avoir opté pour une mauvaise stratégie, d’autres regrettent l’absence de stratégie, moins de trois ans après avoir fait évacuer les troupes américaines du pays.

Pas de guerre ouverte contre l’EIIL

Concrètement, le président Obama, qui est désormais en vacances au large du Massachusetts, a donné son feu vert à une intervention limitée, qui se borne à des frappes ciblées contre l’artillerie et les véhicules de l’EIIL, à des livraisons d’armes aux forces kurdes qui combattent les djihadistes, et au parachutage de vivres aux populations persécutées.

Sans avancer aucun calendrier sur la durée de ces frappes aériennes, il a expliqué que cette décision a été prise dans le but de protéger le personnel diplomatique américain à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, et afin d'éviter un "génocide potentiel" contre les minorités menacées par l’EIIL. L’objectif n’est donc pas de mener une guerre ouverte contre les djihadistes, qui se trouvent aux portes de Bagdad et des régions kurdes du nord de l'Irak.

Or du côté des experts, l’heure est au scepticisme quant au plan des Américains, estimant que des bombardements aériens ne suffiront pas pour venir à bout de l’EIIL. Pis, ils risquent de le renforcer.  “Il est clair que nous ne pouvons pas vaincre les extrémistes islamistes avec des frappes aériennes, juge, dans une tribune publiée dans le "Washington Post", Phyllis Bennis, de l'Institute for Policy Studies à Washington, auteur, journaliste et spécialiste de l’Irak. Chaque bombe larguée provoque l’enrôlement de nouveaux combattants".

Samedi, le président Barack Obama a déclaré, dans un entretien accordé au "New York Times", qu’il ne laissera pas les djihadistes "créer un califat quelconque en Syrie et en Irak". Ce qui a pourtant bel et bien eu lieu, le 29 juin dernier, lorsque l’EIIL a proclamé la création de son califat sur les territoires qu’il contrôle de part et d’autre de la frontière syro-irakienne . "Mais, a-t-il ajouté, nous ne pourrons le faire que si nous savons que nous avons des partenaires sur le terrain capables de remplir le vide". Washington, qui exclut catégoriquement d’envoyer des troupes au sol, mise en effet sur le fait que les frappes aériennes ciblées puissent permettre aux Kurdes et aux forces irakiennes de contre-attaquer et de reprendre des territoires aux extrémistes sunnites. Un calcul risqué qui ne convainc pas outre-Atlantique.

La stratégie d'Obama vivement décriée par les républicains

Sans surprise, c’est le camp républicain qui critique le plus farouchement "l’opération limitée" décidée par la Maison blanche, et appelle le président américain à durcir son combat contre les djihadistes en Syrie et en Irak. Parmi eux, le sénateur John McCain, adversaire malheureux de Barack Obama lors de la présidentielle de 2008, et célèbre critique de la politique étrangère de l’administration actuelle. "C’est potentiellement une catastrophe terrible pour les États-Unis, or le président nous dit que sa politique se résume à protéger les Américains sur place et à empêcher une catastrophe humanitaire, a-t-il souligné dimanche sur CNN. Ce n’est ni une stratégie, ni une politique".

Le vétéran de l’armée et de la scène politique préconise d'envoyer de l'équipement militaire à Erbil, d'entraîner les combattants kurdes qui sont en première ligne face aux djihadistes, et surtout de bombarder l'EIIL, non seulement en Irak mais aussi en Syrie, où il tient sous sa coupe plusieurs bastions.

De son côté, le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, s'est dit lui aussi "consterné par l'absence persistante de stratégie" à même de contrer la menace posée par les djihadistes de l’EIIL.

Même son de cloche chez le sénateur Lindsey Graham, membre de la Commission des forces armées du Sénat, qui regrette que la Maison blanche soit plus dans la réaction que dans l’anticipation et qui craint les conséquences de l’intervention en Irak sur le sol américain."Son devoir de président c'est de protéger notre pays, de nous protéger de l'État islamique. Ils [en référence aux djihadistes qui détiennent des passeports occidentaux et qui risquent de commettre des attentats une fois rentrés chez eux, NDLR] arrivent ici. Il ne s'agit pas juste de Bagdad ou de la Syrie, il s'agit de notre pays. Si on nous attaque parce qu'il [le président Obama, NDLR] n'a aucune stratégie pour nous protéger, il aura commis une erreur de dimension historique", a-t-il lancé dans l'émission Fox News Sunday.

Même du côté démocrate, certaines voix se sont élevées pour s’interroger sur le bienfondé de la stratégie de Barack Obama. Ainsi, la présidente démocrate de la commission sénatoriale du Renseignement, Dianne Feinstein, a implicitement laissé entendre que les frappes aériennes ne suffiront pas. "Il faut une armée pour vaincre une armée", a-t-elle indiqué dans un communiqué. "L’inaction ne fait plus partie des options", a-t-elle ajouté.