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La dissolution de la Ligue de défense juive à l’étude

Selon "Libération", le ministère de l’Intérieur étudierait la possibilité juridique de dissoudre la Ligue de défense juive (LDJ), un groupuscule radical qui se donne pour mission la protection de la communauté juive en France.

Depuis des violents accrochages avec des militants pro-palestiniens en marge de rassemblements de soutien aux Palestiniens de Gaza, la Ligue de défense juive (LDJ), un groupe israélite radical français, est sous le feu des critiques. 

Dans son édition du jeudi 31 juillet, "Libération", qui cite "une source policière haut placée" affirme que "la DLPAJ (Direction des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur) travaille à temps plein pour étudier la possibilité d’une interdiction de la LDJ", alors qu'un rassemblement pro-israélien est prévu ce jeudi à 18h30, devant l'ambassade de l'État hébreu, à Paris.

Interrogé sur le sort de la LDJ, jeudi 31 juillet au matin, lors d'une visite à Marignane (Bouches-du-Rhône), le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a expliqué : "Si les conditions de droit sont remplies concernant l'ensemble des groupes qui peuvent poser problème, nous procéderons à des dissolutions. Si elles ne sont pas réunies, nous ne le ferons pas. Une semaine plus tôt, il avait jugé la LDJ 'dans l'excès', 'dans des actes qui peuvent être répréhensibles et qui doivent être condamnés'".

Dimanche 13 juillet, quelques dizaines de militants de la LDJ se sont affrontés avec des militants pro-palestiniens, rue de la Roquette, à Paris, non loin de la synagogue. Le dimanche 20 juillet, à Sarcelles, il y avait de nouveaux eu des heurts.

Une interdiction juridiquement encadrée

Les services juridiques de la place Beauveau sont à pied d’œuvre pour s’assurer que le droit est du côté du gouvernement. Selon "Libération", deux des sept critères mentionnés dans l’article 212-1 du code de la sécurité intérieure permettraient de s’attaquer à la LDJ : l’un concerne les groupes qui "provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence pour motifs ethniques ou religieux, ou propagent des idées encourageant cette discrimination", l’autre ceux "qui présentent, par leur forme et leur organisation militaire le caractère de groupes de combat ou de milice privées".

Si le groupuscule n’est pas doté de statuts légaux et ne dispose d’aucun local connu à Paris, il tombe tout de même sous le coup de l’article 212-1, qui permet la dissolution de "groupements de faits", appliquée dernièrement pour dissoudre les groupes d’extrême droite Jeunesses nationalistes révolutionnaires et Troisième voie, de Serge Ayoub, en juillet 2013, à la suite de la mort de Clément Méric. Si l’organisation poursuit ses actions après dissolution, ses dirigeants encourent des poursuites pour "reconstitution de ligue dissoute".

En France, les membres de la LDJ ne seraient qu’une poignée, organisés en milice. Certains sont formés au krav-maga, système d'auto-défense israélien. Selon une source policière citée par "Libération", "le noyau dur représente 30 à 40 personnes. Mais le mouvement a une forte capacité de mobilisation, et peut réunir jusqu’à 200 personnes en puisant dans le Betar (un mouvement ultrasioniste), le Service de protection de la communauté juive [placé sous l’égide du Crif - Conseil représentatif des institutions juives de France - et du Consistoire], et les jeunes juifs des quartiers populaires."

"Qu’ils ne viennent pas nous faire chier"

L’organisation dit "sécuriser" tous azimuts la communauté juive et ses lieux de culte en France mais se défend de tout acte illégal. Reste que les agissements de la LDJ provoquent un certain embarras parmi les responsables de la première communauté juive d'Europe (500 000 à 600 000 membres), qui assurent ne pas réclamer sa présence devant les synagogues. Jean-Claude Nataf, un des cadres qui a fondé la LDJ en 2001 avec Pierre Lurçat, assure à "Libération" que "la police s’attend à une vague d’attentats [antisémites] en France. Or, il n’y a pas de volonté de stopper ça, et le Crif refuse de taper du poing sur la table. Nous ne voulons de mal à aucun musulman. Mais qu’ils ne viennent pas nous faire chier."

La LDJ entendait bien être présente, jeudi soir, au rassemblement pro-israélien, à l'appel de toutes les grandes organisations juives de France (Crif, Consistoire, Fonds social juif unifié, UEJF...). "On sera de simples citoyens, sans drapeau", a assuré à l'AFP un responsable de la LDJ sous couvert de l'anonymat.

Avec AFP

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Groupe terroriste aux États-Unis, interdit en Israël

Créée en 2000 sous l'appellation "Liberté démocratie et judaïsme", autodissoute en 2003, la Ligue de défense juive a emprunté son nom, son emblème (un poing brandi dans une étoile de David noire sur fond jaune) et son idéologie à la Jewish Defence League, un mouvement néosioniste fondé à New York en 1968 par le rabbin ultraradical Meir Kahane. Cette organisation a été qualifiée de "groupe terroriste" par le FBI depuis 2001 aux États-Unis ; en Israël, un parti nationaliste religieux arborant son emblème a été interdit.