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Les États-Unis renoncent aux mines antipersonnel

Les États-Unis ne produiront plus et n'achèteront plus de mines antipersonnel, a annoncé Washington vendredi. Une grande première, alors que le pays a jusqu'à présent refusé de signer la convention d'Ottawa, qui interdit ces armes.

Les États-Unis ont annoncé, vendredi 27 juin, qu'ils ne produiraient plus, ni ne chercheraient à acquérir de mines antipersonnel, des armes qui font chaque année des milliers de victimes civiles, y compris dans des pays qui ne sont plus en guerre depuis longtemps.

La Maison blanche a indiqué que le stock de l'US Army ne serait pas renouvelé, dans un communiqué diffusé à l'occasion d'une conférence sur l'interdiction des mines antipersonnel à Maputo, au Mozambique, un des pays les plus touchés par ce fléau. Concrètement, le stock actuel de trois millions de mines commencera à se détériorer d'ici dix ans et sera "totalement inutilisable" dans 20 ans, selon le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby.

Le pays effectue en outre "des simulations et modélisations" pour déterminer les moyens de protéger ses intérêts en se passant des mines, détaille la porte-parole du Conseil de sécurité nationale, Caitlin Hayden.

Pour la première fois, les États-Unis ont par ailleurs fait part de leur intention de ratifier la convention d'Ottawa, traité international qui interdit ces armes. Les États-Unis sont le seul pays de l'Otan à ne pas l'avoir signée, aux côtés de deux membres du Conseil de sécurité de l'ONU - la Chine et la Russie -, ainsi que de l'Inde, du Pakistan, d'Israël ou encore des deux Corée.

Dans un rapport publié en 2008, les Nations unies estimaient que les mines antipersonnel, enfouies pour certaines depuis des dizaines d'années, faisaient chaque année entre 15 000 et 20 000 morts, en majorité des enfants, des femmes et des personnes âgées. Plus d'un million de mines antipersonnel sont par exemple enterrées le long de la zone démilitarisée intercoréenne, où les Etats-Unis restent sur le pied de guerre pour faire face à une éventuelle agression de la Corée du Nord.

"Reconnaissance importante"

L'annonce de la décision américaine a aussitôt provoqué des réactions diverses. Le président de la commission des Forces armées de la Chambre des représentants, le républicain Buck McKeon, l'a vertement critiquée, arguant qu'il s'agissait de "bons sentiments" et d'une "mauvaise" décision pour la sécurité du pays.

L'annonce américaine a en revanche ravi l'organisation Human Rights Watch (HRW), l'une des ONG membres de la campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel qui avait reçu le prix Nobel de la paix en 1997. "Il s'agit d'une reconnaissance importante que le traité (d'Ottawa) fournit le meilleur cadre pour débarrasser le monde de ces armes mortelles", affirme Steve Goose, un responsable de HRW.

L'ONG Handicap International a pour sa part émis des doutes sur la rapidité de l’action, des États-Unis, craignant que Washington remettent toute décision "après la fin du mandat présidentiel de Barack Obama".

Avec Reuters et AFP