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Génocide rwandais : des ONG réclament la mise en examen de Paul Barril

Trois organisations de défense des droits de l’Homme ont demandé la mise en examen de l’ancien officier de gendarmerie français Paul Barril, soupçonné d’avoir apporté une assistance logistique aux forces rwandaises pendant les tueries de 1994.

Le capitaine Paul Barril sera-t-il le premier militaire français à être mis en examen pour avoir aidé les génocidaires rwandais en 1994 ? C’est en tout cas ce qu’ont demandé la Ligue des droits de l’Homme, la Fédération internationale des droits de l’Homme et l’association Survie dans une lettre au juge du pôle "crimes contre l'Humanité" de Paris, a-t-on appris mercredi 3 avril.

L’instruction porte depuis juin 2013 sur un contrat d’assistance militaire conclu par l’ex-officier de gendarmerie avec le gouvernement intérimaire rwandais fin mai 1994. Selon une enquête du Nouvel Observateur publiée en février 2014, Paul Barril s’était ainsi engagé à fournir 2 millions de munitions pour fusils d’assault, 5 000 grenades à  main, 6.000 grenades à fusil et 11 000 obus de mortiers, ainsi que 20 mercenaires pour l’encadrement et la formation. Un contrat de 3,13 millions de dollars qui profite aux extrémistes hutus alors qu’un embargo international sur les livraisons d’armes avait été imposé par l’ONU.

Dans une déclaration à l'AFP, le capitaine Barril, qui vit à Londres, a dénoncé de "nouvelles attaques toujours orchestrées par le même petit groupe de personnes, toutes proches du pouvoir rwandais".

Des barbouzes français aux côtés des génocidaires?

Selon les ONG plaignantes, le contrat d’assistance militaire ne sera que partiellement exécuté, du fait du déclenchement de l'opération militaire française Turquoise, mais Paul Barril sera payé à hauteur de 1,2 million de dollars. Les associations ont donc réclamé au juge parisien, le 28 février, les auditions de plusieurs Rwandais susceptibles d'expliquer les raisons de la présence de Paul Barril dans le pays en 1994, ainsi que de plusieurs personnes qui l'y auraient accompagné, et que Le Nouvel Observateur présentait comme des "barbouzes".

"Les trois associations ont estimé qu'il existait aujourd'hui des indices graves ou concordants de la participation de Paul Barril à ces faits et donc, en conséquence, ont demandé au juge d'instruction de permettre à M. Barril de se défendre, c'est-à-dire qu'il soit mis en examen à raison de sa complicité de génocide", a déclaré mercredi un des avocats de Survie, Me Eric Plouvier, lors d'une conférence de presse de cette association.

Pour Paul Barril, la sortie prochaine de son livre sur le Rwanda dans lequel il désigne le président rwandais Paul Kagame "comme le seul commanditaire" de l'attentat commis le 6 avril 1994, explique la demande de ces trois ONG.

Trois mois de tueries

Le capitaine Barril soutient depuis vingt ans que Paul Kagame a organisé l'attentat dans lequel ont été tués le 6 avril 1994 les présidents rwandais et burundais, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira après que leur avion, qui s'apprêtait à atterrir à Kigali, eut été abattu par un missile SAM-16.

Cet attentat a été l'élément déclencheur du début du génocide, dès le lendemain, de 800 000 Tutsi et Hutus modérés qui ont été tués par des extrémistes hutus pendant les trois mois suivants.

Ancien numéro 2 du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) dont il avait participé à la création en 1974, Paul Barril s'est dans les années 1980 reconverti dans la sécurité privée. Il conseille plusieurs États arabes du Golfe en matière de sécurité et de contre-terrorisme.

Avec AFP