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Moscou lorgne-t-il sur la Transnistrie, région séparatiste moldave ?

Selon le chef de l’Otan en Europe, la Russie pourrait envisager de reproduire le scénario criméen en Transnistrie. Les autorités de cette région séparatiste de Moldavie n’auraient rien contre. Mais quel intérêt pour Moscou ?

Si la Transnistrie ne dit pas grand chose au grand public, cette région séparatiste de Moldavie est depuis quelques jours sur tous les radars d’une partie des responsables militaires occidentaux . Le commandant en chef des forces de l’Otan en Europe, le général américain Philip Breedlove a jugé, dimanche 23 mars, que cette bande de terre à la frontière entre la Moldavie et l'Ukraine pourrait être la prochaine Crimée.

Ce haut gradé s’est, en effet, inquiété de la “présence massive” de militaires russes dans l’ouest de l’Ukraine où se trouve la frontière avec la Transnistrie. Ils pourraient s’y “précipiter si une telle décision devait être prise à Moscou”, a estimé Philip Breedlove, devant un think tank allemand à Bruxelles.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgu, a nié que l’appétit militaire de son pays s’étendait à la Transnistrie. Il a évoqué, dimanche, des “exercices de printemps” pour expliquer les mouvements de troupes dans l’ouest de l’Ukraine.

Transnistrie ou “République moldave du Dniestr” ?

Reste que la situation de la Transnistrie présente des similitudes avec celle de la Crimée, ce qui a de quoi affoler les cassandres d’une escalade militaire russe. C’est, en effet, une région à forte minorité russophone (un tiers de la population) qui ne veut rien avoir à faire avec la Moldavie. Les autorités en place ont instauré un régime autoritaire empêchant les opposants à la ligne pro-russe de s'exprimer, dénonce l’ONG américaine “Freedom House” dans son rapport 2013 sur la situation des droits de l'Homme dans cette région.

Moscou voit, en outre, d’un très mauvais œil les négociations entre l’Union européenne et les autorités moldaves visant à accroître la coopération avec ce pays de l’ex-bloc soviétique. Dmitri Rogozine, le vice-Premier ministre russe, n'a pas hésité à brandir des menaces : mi-mars, il a averti que la Moldavie “perdrait définitivement” la Transnistrie, si son cœur continuait à pencher vers Bruxelles.

Cette intégration à la Russie, les autorités de cette région séparatiste l’appellent de leurs vœux depuis plus de 20 ans. “Les habitants russophones de Transnistrie revendiquent un rattachement à la Russie, au motif que Chisinau, la capitale moldave, roumanophone, aurait des liens avec ce que fut la Roumanie pendant la guerre, c’est-à-dire un régime pro-Nazi”, rappelle Gauthier Rybinski, chroniqueur international pour FRANCE 24.

La Transnistrie a fait sécession en septembre 1990 et se présente sous le nom de  “République moldave du Dniestr”. Une guerre civile éclate alors. Elle s’achève deux ans plus tard sur un cessez-le-feu et un statu quo qui perdure depuis. Reste qu’aucun pays, même pas la Russie, n’a reconnu l’indépendance de cette bande de terre de 50 km de large sur 230 km de long.

La générosité de Gazprom

Tiraspol, la capitale de Transnistrie, n’en a cure. Elle s’est dotée d’un “Soviet suprême” (son Parlement), d’un gouvernement autonome, d’une monnaie propre et a même installé des barrières frontalières avec la Moldavie. Les 550 000 habitants ont tous un passeport qui a la particularité d’être le dernier au monde à être orné de l’emblème de l’ex-URSS, le marteau et la faucille. La langue officielle est le russe et non pas le moldave, tandis que la grande majorité des écoles enseigne en cyrillique au lieu d’utiliser l’alphabet romain, en vigueur dans la reste de la Moldavie.

Moscou nourrit, de son côté, cette russophilie et russo-dépendance en Transnistrie. La Russie a, ainsi, ouvert une ambassade sur place, donnant l’impression d’entretenir des relations diplomatiques de pays à pays. Plus de 1000 soldats russes y stationnent depuis les années 1990, officiellement pour protéger un dépôt de munitions. La Russie y est, aussi, la première source d’investissements, et le géant gazier Gazprom n’aurait pas demandé à la région séparatiste de payer sa facture de gaz depuis 2007, affirme “Freedom House”.

L’annexion pure et simple sur le modèle de la Crimée pourrait donc sembler comme une prochaine étape logique. Mais les craintes du général Philip Breedlove peuvent, cependant, sembler excessive. La russie n'a, en fait, que très peu d'intérêt à lancer une offensive militaire en Transnestrie.

La région n'a, en effet, pas la valeur stratégique de la Crimée qui offre un important accès à la mer Noire. Et de toute manière, comme le rappelait la Cour européenne des droits de l’Homme en 2004, la Transnistrie est “sous l’autorité effective de la Fédération russe”.