Depuis 2012, des milliers de Maliens sont toujours réfugiés dans les pays voisins. Pour les rencontrer et encourager leur retour au pays, des musiciens ont lancé une vaste caravane à travers le Sahara et le Sahel. Nos reporters ont suivi les artistes de la Caravane pour la paix.
Il y a près de dix ans, lorsque j’ai fait la connaissance de Manny Ansar, l’organisateur de la Caravane de la Paix, il était à la tête du Festival au désert. Ce festival de musique réputé se tenait dans le nord du Mali et il s'y disaient des vérités que les hommes politiques auraient été bien inspirés d’écouter.
C’était en 2006, lors de ce festival unique en son genre, que Manny organisait chaque année dans la région de Tombouctou. À l'époque, les conditions sécuritaires le permettaient encore.
Le Festival au désert était un lieu incontournable pour les amateurs de blues, pour les chameliers touaregs et leurs familles et pour les touristes occidentaux amoureux d’Afrique, qui déferlaient par centaines chaque année.
Pendant une semaine, tout ce monde dormait sous des tentes touaregs et écoutait le blues des grands musiciens maliens et étrangers jusqu’à l’aube. Et cette présence générait des retombées économiques exceptionnelles sur cette région délaissée du nord du Mali.
Cependant, malgré la fête, les acteurs culturels et les artistes touaregs étaient inquiets et tiraient chaque année la sonnette d’alarme. Lors des tables rondes et des ateliers organisés en marge du festival, ils disaient que, faute d’écoles et de services de base suffisamment développés dans la région, ils craignaient la reprise de la rébellion touareg. Malheureusement, ces recommandations ont été ignorées. Et le Mali a connu la guerre et une série de bouleversements.
Malgré tout, Manny Ansar continue son combat artistique. Il organise aujourd’hui une caravane de musiciens itinérante et sillonne les camps de réfugiés et les villes du Burkina Faso à la rencontre des Maliens. L'organisateur tente d’apporter réconfort et espoir à une population en exil. Il invite les réfugiés à rentrer chez eux au Mali et les hommes politiques à mettre en place les conditions nécessaires à une paix durable.