
Le constructeur allemand de voitures de luxe Porsche a reconnu que la crise mettait en péril son projet de racheter son compatriote Volkswagen alors qu'il envisageait d'acquérir la marque avant la fin de l'année.
Rattrapé par la crise qui fait chuter ses ventes, le constructeur allemand de bolides de luxe Porsche a admis mercredi qu'il allait probablement retarder le rachat en cours de son compatriote Volkswagen.
Déjà détenteur de 42,6% du capital du numéro un européen de l'automobile, Porsche avait promis d'atteindre la majorité, soit plus de 50%, d'ici la fin de l'année.
Mais "au vu de la conjoncture économique actuelle, il est de plus en plus improbable que nous puissions atteindre ce but cette année", a indiqué Wendelin Wiedeking, le patron de Porsche, lors de la conférence annuelle organisée à Stuttgart (sud-ouest).
"Notre but est toujours d'accroître notre participation à plus de 50% du capital de VW aussi vite que possible. Mais nous avons toujours dit que nous ne ferions rien de déraisonnable", a-t-il ajouté.
Porsche a bien réaffirmé mercredi son objectif de détenir 75% de Volkswagen en 2009. Ensemble, les deux groupes veulent construire "une alliance mondiale" qui les rendra plus résistants face aux crises, selon M. Wiedeking.
Mais s'emparer, en pleine déprime du marché automobile, d'un de ses fleurons mondiaux, même s'il résiste jusque là plutôt bien, n'est pas sans risque.
"Nous allons augmenter notre participation, à des cours raisonnables et avec des conditions de marché raisonnables", a indiqué Holger Härter, directeur financier de Porsche, refusant de payer un prix "insensé".
Le constructeur de la 911 ou du tout-terrain Cayenne doit en effet composer avec la folie boursière du cours de VW ces derniers mois. Mardi à la clôture de la Bourse de Francfort, il pointait encore à 255 euros, soit bien au-delà de la valeur réelle de l'entreprise, selon les analystes.
Au-dessus de 200 euros, cela n'aurait pas de "sens d'un point de vue économique" d'acheter des titres, a expliqué M. Härter.
Porsche peut d'autant moins se le permettre que, s'il a enregistré des résultats record en 2007/2008, il est désormais touché de plein fouet par la chute brutale de la demande sur les marchés.
"Dans les dernières semaines, des changements dramatiques se sont joués sur les marchés automobiles", a expliqué son patron, M. Wiedeking.
Les ventes de Porsche ont ainsi chuté de 18%, à 25.200 unités, selon les chiffres provisoires portant sur les quatre premiers mois de son exercice décalé 2008/2009. Le chiffre d'affaires devrait, lui, avoir fléchi de 15% entre août et novembre.
Et Porsche, qui s'attend désormais à un recul "sensible" de ses ventes en 2008/2009, a déjà annoncé sept jours d'arrêt de sa principale usine de Zuffenhausen (sud-ouest).
Le marché a en tout cas bien accueilli la tempérance de Porsche. A 12h35 GMT, le titre, coté sur le marché libre, grimpait de 3,4% à 54,58 euros. Celui de VW prenait 5,5% à 269,07 euros, sur l'indice vedette Dax en recul.
"Porsche a tout intérêt à garder sa liberté et à attendre que ça baisse. Ce n'est pas un échec" d'attendre, a expliqué pour l'AFP Stefan Bratzel, expert automobile. D'autant que "beaucoup de milliards sont en jeu si on achète au mauvais moment".
"Ce serait bien" de monter au capital "mais ce n'est pas absolument nécessaire", abonde Albrecht Denninghoff, analyste de BHF Bank. "Le statu quo est tellement favorable pour Porsche!", avec un "contrôle sans grand risque" de VW.
Porsche est de loin le premier actionnaire de VW, et malgré l'opposition parfois vive des syndicats, voire de l'Etat régional de Basse-Saxe (nord), qui détient 20% du capital, il "a déjà beaucoup de pouvoir", estime l'analyste.
Il a aussi gagné beaucoup d'argent avec sa participation dans VW: en 2007/2008, elle lui a même bien plus rapporté que la vente de ses bolides.