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Internet finance les Rasta Rockett pour aller à Sotchi

L’équipe jamaïcaine de bobsleigh s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de Sotchi. Pour la financer, les créateurs de dogecoin, un concurrent de bitcoin, ont réussi à lever 30 000 dollars... en se faisant une belle publicité au passage.

Les Rasta Rockett du bobsleigh sont de retour. Douze ans après leur dernière participation aux Jeux olympiques d’hiver à Salt Lake City, l’équipe jamaïcaine de bobsleigh a obtenu, lundi 20 janvier, sa qualification pour Sotchi. Et cette fois-ci, innovations technologiques obligent, les athlètes devraient pouvoir aller en Russie en partie grâce à dogecoin, une monnaie électronique décentralisée concurrente du désormais célèbre bitcoin.

Pour le Comité olympique jamaïcain, l’annonce de la qualification des deux athlètes a au départ été une bonne nouvelle, aussitôt tempérée par un frisson d’angoisse financière. “On a besoin d’environ 40 000 dollars [29 500 euros; NDLR] pour payer le trajet et acheter l’équipement nécessaire”, a expliqué à la BBC Winston Watts, le pilote du bobsleigh qui représentera la Jamaïque à Sotchi. L'homme de 46 ans a déjà mis 121 000 euros de sa poche pour financer la campagne de qualification. Malgré cette somme, l’équipe jamaïcaine avait dû renoncer aux courses de qualification en Europe. C’est dire si le budget est serré.

Mais l’Internet est bien décidé à revoir à Sotchi un remake de l’aventure de 1988. Cette année-là, les Jeux olympiques de Calgary avaient été médiatiquement dominés par la participation inédite de la Jamaïque, un pays peu connu pour ses hivers enneigés, aux épreuves de bobsleigh. L’aventure de Winston Watts, qui faisait déjà partie de l’équipe, et de ses coéquipiers avait donné lieu au film culte “Rasta rockett”.

La bulle "Rasta Rockett"

Dans le flot des messages de soutien à ces sportifs de l’impossible, un internaute a décidé d’aider financièrement ces “Rasta Rockett 2.0”. Liam Butler est fan du film et accessoirement l’un des responsables de la fondation dogecoin. Avec Jackson Palmer et Billy Markus, les créateurs de cette monnaie électronique, il a lancé, lundi 20 janvier, un appel aux dons en dogecoin pour financer le voyage des sportifs jamaïcains. Le bouche-à-oreille virtuel a fonctionné à plein régime. En un peu plus de 24 heures, ils ont levé l’équivalent de 30 000 dollars (22 000 euros). Au taux de change actuel, cela représente plus de 26 millions de dogecoins versés pour cette cause sportive.

Les responsables de l'opération se sont empressés d’assurer sur le site communautaire Reddit, où de nombreux fans avaient relayé l'initiative, qu’il ne s’agissait pas d’une arnaque. “Nous avons sécurisé environ 30 000 dollars qui vont maintenant être transférés à la Fédération jamaïcaine”, écrivent-ils. Ils ont, en fait, décidé d'ajouter cette somme au 70 000 dollars (51 000 euros) collectés par ailleurs sur un site de financement participatif par l'ancien pilote de bobsleigh jamaïcain Devon Harris.

Ces amateurs de monnaies alternatives ne se sont pas lancés dans cette levée de fonds uniquement pour la beauté du geste et du sport. Sur le forum officiel du site de la Fondation dogecoin, ils espèrent un retour sur investissement en terme de popularité pour ce concurrent de bitcoin. Là encore, opération réussie : en 24 heures, le dogecoin est passé d’un anonymat quasi-complet à la septième place des monnaies électroniques les plus en vue, d’après le comparateur coinmarketcap.

Nul doute que la ferveur médiatique autour de cette opération a aiguisé les appétits de quelques spéculateurs. Reste à savoir si la bulle “Rasta rockett” dont bénéficie actuellement le dogecoin va survivre à cette initiative.