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L'Inde en colère après l'arrestation d'une diplomate à New York

L’arrestation le 12 décembre d’une diplomate indienne à New York a suscité l’ire de New Delhi. L'Inde, en représailles, a annoncé toute une série de mesures de rétorsion à l’encontre des États-Unis. Washington peine à cacher son embarras.

Rien ne va plus entre l'Inde et les États-Unis après l'arrestation, jeudi 12 décembre à New York, de Devyani Khobragade, une diplomate indienne. Elle est soupçonnée d'avoir sous-payé [à environ 3 dollars de l'heure] son employée de maison et falsifié la demande de visa de cette dernière.

Arrêtée alors qu’elle déposait ses enfants à l’école, la consule générale adjointe à New York a raconté dans un e-mail envoyé à ses collègues qu’elle avait été menottée, fouillée intégralement au corps et placée dans une cellule en compagnie de toxicomanes. Malgré l'invocation de son immunité diplomatique, Devyani Khobragade a indiqué qu’elle n’avait eu le droit à aucun ménagement.

"Je dois reconnaître que j'ai fondu en larmes plusieurs fois [...] J’ai eu la force de retrouver mon sang-froid, et je suis restée digne en pensant que je devais représenter tous mes collègues et mon pays avec confiance et fierté", a-t-elle écrit dans son courriel. Ladite confession, dévoilée mercredi à la presse indienne, a provoqué un tollé dans son pays.

Plus de barrières de sécurité devant l'ambassade américaine de Delhi

L’Inde a vu rouge. Le pays, qui n’a pas communiqué sur les faits reprochés à la diplomate, a surtout mal digéré la manière dont s’est passée l’arrestation et jugé "inacceptable" qu’une de ses émissaires ait été arrêtée devant ses enfants, fouillée nue et placée en détention au milieu de criminels de droits communs.

La riposte a donc été particulièrement sévère. Le pays a ordonné toute une série de mesures de rétorsion : retrait des cartes d’identité diplomatiques et de badges spéciaux remis aux fonctionnaires américains en poste - qui leur permet de passer plus rapidement les contrôles dans les lieux publics - , blocage de biens importés par l’ambassade américaine – comme l’alcool –, et demande des relevés bancaires des Indiens employés par les diplomates américains en Inde. Plus grave, l’Inde a ordonné la levée des barrières de sécurité à proximité de l’ambassade américaine à New Delhi.

Les États-Unis marchent sur des œufs

Face à la colère de New Delhi, les États-Unis marchent sur des œufs. Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a exprimé des regrêts mercredi 18 décembre afin de ne pas trop contrarier le puissant sous-continent, partenaire incontournable de Washington. "Les États-Unis et l'Inde jouissent d'une large et profonde amitié, et cet épisode isolé n'est pas représentatif des liens étroits et respectueux que nous entretenons", a déclaré Marie Harf, la porte-parole adjointe du département d’État américain.

Pour tenter de calmer le jeu et de désamorcer cette crise diplomatique, les États-Unis ont donc prudemment indiqué qu’ils se pencheraient sur les conditions de l’interpellation. Ils ne peuvent en vérité pas vraiment faire plus. Au regard de la loi - et sans même parler des faits qui sont reprochés à Devyani Khobragade - l’arrestation de la diplomate indienne n’a rien d’irrégulier.

La consule générale adjointe a été interpellée par la police du département d'État, la Sûreté diplomatique, puis remise aux US Marshals Service [USMS]. La procédure habituelle, en somme. Dans un tel cas, "l’immunité consulaire" ne s’applique pas, car elle sort du cadre stricte des fonctions de la diplomate. Dans un communiqué, l’USMS - la police fédérale du ministère de la Justice - a expliqué que la consule générale adjointe avait été "sujette aux mêmes procédures de fouille que les autres personnes arrêtées par le USMS et détenues dans le district Sud de New York".

Avec AFP