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Rawabi, la "ville nouvelle" palestinienne qui défie les colonies israéliennes

Avec ses 6 000 logements capables d’accueillir 30 000 résidents, le projet Rawabi, en Cisjordanie, entend montrer au monde que les Palestiniens sont capables d'engager d'importants investissements. Mais le projet est loin de faire l'unanimité.

Le déplacement en Israël et en Territoires palestiniens de la délégation française accompagnant le président François Hollande est l’occasion d’effectuer plusieurs visites à forte valeur symbolique. C’est le cas du chantier de Rawabi, à une dizaine de kilomètres de Ramallah, en Cisjordanie.

Rawabi est la toute première ville planifiée de l'histoire des Territoires. Avec ses 6 000 logements capables d’accueillir quelque 30 000 habitants, le projet fait figure, à l'heure actuelle, de plus gros investissement privé en Palestine. Pour ses promoteurs, ce site doit servir à montrer au monde que les Palestiniens sont d'ores et déjà en train de poser les fondations de leur futur.

"Si nous sommes capables de mettre sur pied un tel projet, alors imaginez ce que nous pourrions faire si les circonstances politiques étaient meilleures, explique Bashar Masri, entrepreneur multimillionnaire qui dirige le projet. Nous travaillons alors que nous sommes sous occupation. Malgré cette occupation nous produisons !"

Pour de nombreux locaux, ces immeubles sortant de terre représentent le futur. "Rawabi, pour moi, c'est avant toute une ville nouvelle et moderne, une ville qui est dotée d'infrastructures nouvelles et modernes !" s’enthousiasme Adnan Ikhbaryie, homme d’affaires palestinien qui entend faire honneur à son rang social en faisant l’acquisition d’un appartement "au tout dernier étage" d’un des immeubles de Rawabi. De ses propres aveux, l’acheteur a contracté un prêt à la consommation afin de financer la moitié des 90 000 euros que coûte son futur habitat de luxe.

Si l’ampleur du projet impressionne, il ne fait pas l'unanimité pour autant. Les colons israéliens qui vivent sur la colline en face, mais également quelques-uns des Palestiniens habitant dans les villages tout proche ont une opinion négative de Rawabi. Certains d’entre eux accusent les promoteurs immobiliers de s'être appropriés des terres sans payer le prix juste. Et les comparent même à l'occupant israélien.

"Ce n'est pas que nous sommes contre ce projet, explique Bashir Yousef Moussa, habitant du village d'Ajoul, près de Rawabi. Mais si les promoteurs prennent des terres alors ils devraient nous en donner d'autres près du village. Ils refusent de le faire. L'un d'entre nous a voulu construire près d'ici et ils lui ont interdit de le faire. Un autre a construit une maison juste là-bas et ils l'ont confisquée."

Bashar Masri espère que les premiers résidents pourront emménager d'ici le début de 2014, mais des problèmes majeurs pourraient bien repousser cette échéance. La route principale d'accès au site et l'approvisionnement en eau passeront obligatoirement par des parties de la Cisjordanie sous contrôle israélien. Pour l'instant, l'État hébreu n'a pas donné de permission et n'a pas garanti qu'ils ne procèderait pas à des coupures. Ce qui aurait un effet néfaste sur la vie à Rawabi.