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De quelles forces dispose le Venezuela en cas de riposte aux États-Unis ?
Si, selon un sénateur américain, Marco Rubio "ne prévoit aucune autre action au Venezuela maintenant que Maduro est sous la garde des États-Unis", le gouvernement vénézuélien a annoncé samedi le "déploiement massif" de tous les moyens militaires du pays après les frappes subies sur son territoire. Mais que sait-on de la véritable puissance de l'armée vénézuélienne ?
Un char de l'armée vénézuélienne lors du défilé militaire pour la fête nationale en 2024. © Cristian Hernandez, AP

Après les frappes américaines, un des premiers responsables vénézuéliens à réagir, samedi 3 janvier, a été le puissant ministre de la Défense. "Les forces envahisseuses [...] ont profané notre sol", a déclaré le général Vladimir Padrino Lopez, qui a immédiatement annoncé "le déploiement massif de tous les moyens terrestres, aériens, navals, fluviaux et balistiques, système d'armes pour la défense intégrale" que compte le Venezuela.

Le militaire, très influent, "avait été un temps pressenti pour succéder à Hugo Chavez avant que ce dernier n’opte pour un civil, en l'occurrence Nicolas Maduro", rappelle Rebecca Jarman, spécialiste de l’Amérique latine à l’université, qui a écrit sur l’importance de l’armée au Venezuela. Les déclarations de cet homme fort du régime ne sont donc pas à prendre à la légère car "le vrai pouvoir réside entre les mains de militaires comme lui au Venezuela", ajoute cette spécialiste.

Si la puissance militaire sans égal ou presque des États-Unis est bien connue – avec son budget de la Défense de 895 milliards de dollars en 2025 –, la force réelle de l’armée vénézuélienne l'est bien moins.

Sur le papier, "l’armée vénézuélienne est puissante au niveau régional, mais beaucoup moins imposante comparée à d’autres puissances sur la scène mondiale", estime Rebecca Jarman. Plus précisément, "le Venezuela se trouve en 2025 à la 51e place du classement annuel du site Global Fire Power [souvent repris dans les médias, NDLR], c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’une puissance militaire de premier plan", ajoute Amalendu Misra, spécialiste des questions de sécurité en Amérique latine à l’université de Lancastre.

L'inconnue des milices bolivariennes

Nicolas Maduro s'est souvent targué de pouvoir mobiliser des millions d’hommes pour défendre la patrie. De quoi faire peur à Washington et ses 453 000 soldats actifs dans l’armée de terre ? En réalité, l’armée vénézuélienne compte environ 123 000 soldats actifs, souligne le site DefenseFeeds. Elle peut, en outre, compter sur un peu plus de 300 000 réservistes contre presque 500 000 pour les États-Unis.

Ce décompte ne prend cependant pas en considération les "milices bolivariennes", établies en 2008 par Hugo Chavez comme une branche officielle de l’armée. Difficile d’évaluer le nombre exact de ces miliciens que Nicolas Maduro a utilisé "comme atout maître dans sa rhétorique officielle autour de la défense de son pays", souligne Amalendu Misra, qui estime qu’ils doivent être au moins un million.

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De quelles forces dispose le Venezuela en cas de riposte aux États-Unis ?
Venezuela : un porte-avions américain au large de l'Amérique latine attise les tensions © Marine américaine
01:19

"Ces milices sont utilisées à la fois pour des opérations de maintien de l’ordre et pour défendre les frontières", ajoute Rebecca Jarman. Nicolas Maduro s'en est aussi servi pour réprimer les manifestations d'opposition.

"Même s’il est probable que tous les miliciens ne répondent pas à l’appel des autorités pour se battre contre les États-Unis si besoin, cela en fait une force armée à ne pas négliger pour toute opération au sol", résume Amalendu Misra.

"Difficile de dire si l’infanterie représente, grâce à ses effectifs, le point fort de l’armée vénézuélienne ou si c’est l’armée de l’air", note Rebecca Jarman. Hugo Chavez avait été lui-même parachutiste et avait mis l’accent sur l’aviation. Le Venezuela dispose de quelques F-16 Américains vieillissants, mais il a surtout des dizaines de Soukhoï Su-30MK russes qui "sont aisément les chasseurs les plus sophistiqués du nord de l’Amérique du Sud", souligne le site DefenseFeeds.

Cela n’en fait pas un adversaire de taille pour l’aviation états-unienne. Mais une éventuelle bataille de l’air ne serait pas qu’une promenade de santé pour les États-Unis, surtout que le Venezuela a passé des années à développer son système de défense antiaérienne.

L’armée dispose aussi de quelques véhicules blindés, comme des chars russes ou quelques modèles vieillissants français (char AMX-30, AMX-13) issus des années 1960 et 1970.

La guérilla comme seule option ?

Cet inventaire ne tient pas compte "du fait que l’armée vénézuélienne n’a aucune vraie expérience de terrain, ce qui fait qu’on ne sait absolument pas à quel point elle peut être efficace en conditions réelles de combat", souligne Amalendu Misra.

Les sanctions internationales limitent probablement la capacité du Venezuela à se battre efficacement. "Le pays n’a probablement pas les moyens de faire des stocks conséquents de pièces détachées pour réparer tout matériel défectueux ou endommagés", estime cet expert.

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De quelles forces dispose le Venezuela en cas de riposte aux États-Unis ?
Les États-Unis veulent-ils renverser le président du Venezuela, Nicolas Maduro ? © France 24
10:09

Si un conflit armé venait à éclater avec les États-Unis, les experts interrogés estiment que seule la guérilla pourrait poser problème à une armée d’invasion états-unienne. "C’est seulement dans ce domaine que les forces armées, et notamment les milices bolivariennes, ont une certaine expérience de terrain puisqu’elles ont dû les appliquer face à l’explosion ces 20 dernières années de la criminalité urbaine liée, entre autres, au narcotrafic", assure Rebecca Jarman. "Elles ont l’avantage du terrain et de la géographie, surtout si le Venezuela peut entraîner les combats dans les régions montagneuses", ajoute Amalendu Misra.

Un affrontement avec les États-Unis représenterait donc une guerre perdue d’avance. Mais entre l’armée de l’air et la capacité de harceler les forces américaines avec des techniques de guérilla, "ce ne serait sans doute pas aussi facile que les États-Unis veulent le croire", conclut Rebecca Jarman.

Cet article a été publié une première fois le 12 novembre 2025 et mis à jour après les frappes américaines au Venezuela du 3 janvier 2026 et la "capture" du président Nicolas Maduro.