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L'adversaire d'Angela Merkel met un doigt d'honneur à réveiller la campagne

Peer Steinbrück, le candidat social-démocrate aux législatives allemandes, a provoqué un tollé en s’autorisant un doigt d’honneur sur une photo paru en une d'un journal. Bourde ou dérapage calculé pour réveiller une campagne où il est donné perdant ?

Un petit doigt d’humour dans une campagne allemande par ailleurs bien terne ou le dérapage de trop pour un candidat en mal d’intentions de vote ? La photo en une, vendredi 13 septembre, du supplément magazine du quotidien allemand "Süddeutsche Zeitung" sur laquelle Peer Steinbrück, le candidat des sociaux démocrates du SPD, fait un doigt d’honneur a déclenché un ouragan médiatico-politique à une semaine des élections générales.

Les alliés politiques d’Angela Merkel, qui est quasiment assurée de conserver son poste de chancelière, se sont jetés sur l’occasion pour enfoncer un peu plus le champion de l’opposition. Le ministre libéral de l’Économie et vice-chancelier, Philip Rössler a, ainsi, déclaré, vendredi, que “ce n’est pas un geste digne d’un candidat au poste de chancelier, ce n’est pas possible de faire ça”. Même les Verts, pourtant alliés traditionnels des socialistes allemands, ont pris leur distance avec le geste provocateur de Peer Steinbrück. “Ce n’est pas mon style”, a fait remarquer Katrin Göring-Eckardt, chef de file des écolos allemands.

Le SPD, de son côté, a eu du mal à assumer ce cliché. À tel point que le porte-parole de la campagne du candidat social-démocrate aurait, d’après la "Süddeutsche Zeitung", appelé jeudi soir le journal pour essayer d’en empêcher la parution. Mais, précise le quotidien de Munich, Peer Steinbrück en personne est intervenu pour que la photo voit le jour.

"Mes chances de victoire se compte sur le doigt d'une main" - @peersfinger, un compte Twitter humoristique consacré au geste de Peer Steinbrück

Doigt d’honneur ou doigt à l’honneur ?

Pour expliquer son geste, le héraut de la gauche allemande a tenté de remettre les choses dans leur contexte. “Parler franchement n’a pas toujours besoin de mot. Par exemple, quand on est constamment interrogé sur des choses ennuyeuses au lieu d’être interpellé sur les questions vraiment importantes”, a-t-il asséné. Cette photo qui est parue dans le cadre d’une interview “muette”, un exercice que la "Süddeutsche Zeitung" fait régulièrement subir à des personnalités politiques, représente, ainsi, la réponse du candidat à l’énumération par le journal de tous les sobriquets plus ou moins aimables dont Peer Steinbrück a été affublés. “Il a montré ses émotions de façon ironique dans une interview-photo ironique”, a renchéri Sigmar Gabriel, le président du SPD.

Reste que ce dérapage gestuel colle bien avec l’image d’homme spontané au franc parler assumé que Peer Steinbruck cultive depuis le début de la campagne. Le controversé doigt d’honneur pourrait très bien, à ce titre, être un geste très calculé, comme le suggère le quotidien conservateur "Frankfurter Allgemeine". Il a, en tout cas, atteint un but qui pourrait servir au candidat du SPD : depuis 24 heures, le doigt de Peer Steinbrück est le roi incontesté des réseaux sociaux allemands. Un faux compte Twitter, @peersfinger, a même été créé et un blog recense les détournements à la chaîne du désormais célèbre geste de Peer Steinbruck.

Le principal opposant à Angela Merkel a peut-être estimé que la devise “une mauvaise pub vaut mieux que pas de pub du tout” pouvait également s’appliquer au jeu politique. Avec près de 20 points de retard dans les sondages sur la chancelière sortante, Peer Steinbrück a, en tout cas, dû se dire qu’il fallait faire quelque chose pour secouer la campagne.