Le procureur a accusé l'ancien dirigeant chinois déchu Bo Xilai d'avoir reçu en pot-de-vin une villa à Cannes, dans le sud de la France. L'accusé, dont le procès pour corruption s'est ouvert jeudi 22 août, a affirmé tout ignorer de l'affaire.
Une somptueuse villa cannoise qui pourrait bien peser lourd dans le procès de Bo Xilaï. L'ancien haut dirigeant chinois Bo Xilai est accusé d'avoir reçu en pot-de-vin une résidence située dans l'un des quartiers les plus prisés de Cannes. Des allégations qu'il a toutefois niées en bloc.
Émergeant sur une colline plantée de pins majestueux, cette résidence de deux étages, à la façade ornée de bougainvillées, a longtemps été gérée par des proches de Bo, sans que lui-même apparaisse directement dans les statuts de propriété.
"Je ne suis absolument pas au courant (de cette villa) et il s'agit d'une affaire montée de toutes pièces", a affirmé M. Bo en réponse à une question sur cette résidence de la côte d'Azur.
De son côté, le procureur a assuré au contraire disposer de "beaucoup de preuves" montrant que l'ex-haut responsable et son épouse Gu Kailai avaient reçu en pot-de-vin cette maison, le généreux donataire étant Xu Ming, un homme d'affaires du port industriel de Dalian (nord-est de la Chine) accusé de corruption et détenu depuis plus d'un an.
M. Xu, entendu plus d'une heure par la cour, jeudi, a lui-même déclaré aux juges avoir offert 3,23 millions de dollars à Gu Kailai, qui lui avait confié en 2000 souhaiter s'acheter une résidence sur la côte d'Azur. Selon l'homme d'affaires, Bo Xilai était au courant.
À l'adresse cannoise était domiciliée une société à responsabilité limitée, "Résidences Fontaine Saint Georges", créée en 2001 et propriétaire de la villa, selon des documents d'enregistrement légal consultés par l'AFP. Ils montrent par ailleurs que trois personnes se sont succédé au cours des années 2000 pour assurer la gérance de "Résidences Fontaine Saint Georges", et donc de la villa cannoise. Tous trois sont des proches de Bo Xilai.
Il risque la peine de mort
Les faits reprochés à Bo Xilai datent de 1999 à début 2012. Il est accusé de corruption à l'époque où il était maire du port de Dalian, avant la prise de ses fonctions à Chongqing. Il lui est reproché d'avoir reçu - avec sa femme et son fils - plus de 20 millions de yuans (2,4 millions d'euros) de pots-de-vin et d'avoir détourné plus de 5 millions de yuans d’une agence gouvernementale à son profit.
Avant sa chute, cet ancien ministre du Commerce était considéré comme l'une des principales figures des "princes rouges", la nouvelle génération de descendants de l'élite du PCC, en raison d'un discours et de mesures populistes, qui tranchaient avec la rhétorique prudente des courants qui domine le parti. Bo Xilai était à la fois craint par les réformistes pour ses références fréquentes à Mao Zedong, et admiré par une partie de l'aile gauche du PCC pour ses déclarations en faveur du rôle de l'État dans la réduction des inégalités, ainsi que ses campagnes de lutte contre le crime organisé.
Bo Xilai est le dirigeant le plus haut placé à comparaître devant la justice chinoise depuis le procès en 1980 de Jiang Qing, la veuve de Mao Zedong, et de la "bande des quatre", des dirigeants maoïstes accusés d'avoir été les instigateurs de la Révolution culturelle. Son procès est donc perçu comme un test pour les promesses de transparence et de lutte contre la corruption du nouveau président chinois, Xi Jinping.
Le procès doit durer deux jours et le verdict - il ne fait guère de doute qu’il sera jugé coupable - est attendu début septembre. Bo Xilai risque la peine de mort, même si celle-ci est généralement commuée en prison à vie dans les cas de délits financiers.
Avec dépêches