
Michael Adebolajo, l’un des deux hommes suspectés de l’assassinat d’un soldat en pleine rue à Londres, était connu des renseignements britanniques. L’homme s’était peu à peu radicalisé depuis les années 2000 après s’être converti à l’islam.
Le grand public ne le connaît qu’à travers ses mains ensanglantées filmées quelques secondes après le meurtre sauvage d’un soldat britannique, le 22 mai, dans un quartier sud de Londres. Ce jour-là, Michael Adebolajo, 28 ans - suivi de son complice Michael Adebowale, 22 ans – massacre à coups de machette un jeune militaire britannique de 25 ans, Lee Rigby, dans la rue, en pleine journée.
Michael Adebolajo n’était pas un inconnu des services secrets britanniques. Dès 2006, les autorités britanniques s’étaient intéressées au jeune homme d’origine nigériane après qu’il a participé à de violents affrontements entre islamistes et forces de l’ordre devant le Old Bailey, la Cour criminelle de Londres. Mais c’est lorsqu’il tente de passer en Somalie pour rejoindre les milices islamistes Shebab, en 2012, en compagnie du deuxième suspect, Michael Adebowele, que les renseignements du MI5 décident de le ficher sur une liste de 3 000 terroristes.
Considérés pourtant comme des figures "périphériques" dans la lutte contre le terrorisme, ils ne feront l’objet d’aucune enquête approfondie. Tragique ironie de cette inertie policière : une semaine avant son passage à l’acte, Michael Adebolajo avait été aperçu distribuant des pamphlets extrémistes dans les rues de Woolwich, le même quartier où Lee Rigby sera assassiné.
"Il jouait au football et avait plein d’amis"
Selon les médias d’outre-Manche, ce meurtre, d’une violence inouïe, a été l’aboutissement d’une radicalisation extrême d’un jeune homme pourtant né et élevé dans la religion chrétienne sur le sol britannique. Né en 1984 à Romford, une banlieue au sud de Londres, le jeune garçon a grandi dans un milieu sans histoire. "Il prenait le bus pour aller à l’école, jouait au football et avait plein d’amis", écrit le quotidien "The Guardian". Surtout, insiste le journal britannique, sa famille est chrétienne "pratiquante" et impliquée dans la communauté religieuse locale. Ses amis le dépeignent comme un garçon "bien, qui faisait n’importe quoi pour n’importe qui […]. [Avec ses frères et sœurs], ils formaient une famille très normale".
Tout bascule à la fin de l’adolescence, dans les années 2000. À cette époque, "il a commencé à dealer et à fumer de l’herbe […]. Il volait des téléphones portables et menaçait des gens avec des couteaux", se souvient l'un de ses anciens camarades, cité par le "Telegraph". En 2003, le jeune garçon se met également à fréquenter les milieux musulmans radicaux britanniques, et plus particulièrement l'organisation islamiste désormais interdite Al-Mouhajiroun. La même année, il se convertit à l’islam.
Peu de détails filtrent sur les raisons qui ont mené le jeune Britannique à approcher ce groupe radical, officiellement interdit au Royaume-Uni après les attentats de Londres en 2005. Michael Adebolajo était indigné par la guerre en Irak et en Afghanistan, il ne supportait pas cette soi-disant guerre contre le terrorisme, avancent certains médias.
Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le garçon assiste assidûment à presque toutes les réunions du prêcheur Omar Bakri Mohammed, un imam radical syrien, fondateur de Al-Mouhajiroun, qui sera exclu du sol britannique en 2005 pour ses fréquentes incitations au djihad. Inquiets de ses fréquentations, ses parents avaient à cette époque déménagé de Londres pour tenter de couper les liens que leur fils entretenait avec les milieux islamistes, mais le jeune homme était revenu dans la capitale pour étudier.
Omar Bakri Mohammed, le mentor
"Je l’ai connu à l’époque où il venait à mes prêches" a confié Omar Bakri Mohammed, selon des propos rapportés vendredi 24 mai par "The Independant". "Pour les gens ici [au Moyen-Orient], Michael Adebolajo est un héros et son acte peut être justifié par certaines lois de l’islam", a-t-il ajouté. "[À l’époque], il s’était converti et se faisait appeler Abdullah […]. Il posait beaucoup de questions sur la religion […]. Je ne sais pas si je l’ai influencé. C’était un garçon calme, il a dû se passer quelque chose", a expliqué l’imam.
Malgré ses propos qui laissent entendre que les deux hommes ne se fréquentaient que rarement, Omar Bakri Mohammed aurait pourtant joué un rôle majeur dans la radicalisation du jeune homme.
Selon "The Independant", l’imam, aujourd’hui réfugié au Liban, serait devenu un véritable mentor pour Michael Adebolajo. Il aurait même converti lui-même le jeune homme à l’islam. Un enregistrement datant de 2007 sur lequel est identifié la voix de Omar Bakri Mohammed fait également étrangement écho au meurtre commis par le suspect. "Quand vous rencontrez des Occidentaux, tranchez leur cou […]. Rappelez-vous d’ôter la tête de vos ennemis […]. Prenez une épée et tranchez la tête de vos ennemis."
Face à ce pygmalion farouchement anti-Occidental, qui n’a jamais caché son admiration pour Al-Qaïda et qui commémore chaque 11 septembre les attentats de septembre 2001 aux États-Unis, Michael Abelojado aurait rapidement sombré dans un islamisme radical. "Il était sur notre longueur d’onde idéologique", a d’ailleurs confessé Anjem Choudary, l’un des anciens leaders d'Al-Muhajiroun.
Hospitalisés dans deux hôpitaux de Londres, l’assaillant et son complice - qui ne seraient pas en danger de mort - n’ont toujours pas été interrogés.