Les téléphones de plusieurs journalistes d'Associated Press (AP) ont été mis sur écoute par le ministère américain de la Justice en mai 2012 alors que les reporters enquêtaient sur un attentat déjoué par la CIA au Yémen.
Associated Press (AP) a été victime d’écoutes téléphoniques à son insu pendant deux mois, au début de l’année 2012, par le ministère américain de la Justice. L’agence de presse a été mise au courant le 10 mai 2013 par une lettre de l'administration américaine. Une vingtaine de lignes téléphoniques sont concernées, dont des lignes de téléphone portable et de téléphone privé de journalistes. La direction d’AP dénonce une "intrusion massive et sans précédent" dans le fonctionnement de l’organe de presse et rappelle que les écoutes de l’administration américaine doivent être signifiées au préalable et ciblées autant que possible.
Au moment de ces écoutes, une équipe de journalistes d’AP travaillait sur un attentat déjoué au Yémen grâce à la coopération d’un agent double saoudien travaillant pour le compte de la CIA et infiltré chez Al-Qaïda. Le projet terroriste visait à faire exploser en plein vol un avion de ligne en direction des États-Unis pour marquer l’anniversaire de la mort d’Oussama Ben Laden, tué par un commando américain le 2 mai 2011. Associated Press a sorti l’article le 7 mai 2012, alors que l’administration américaine cherchait à retarder la divulgation de cette information et craignait de se retrouver face à ses propres contradictions - peu auparavant, le gouvernement américain avait publiquement assuré qu’il n’existait aucune menace sur le territoire américain et qu’il n’avait connaissance d’aucun projet d’attentat marquant l’anniversaire de la mort de Ben Laden.
Justification du procureur
Depuis plusieurs mois, le procureur général de Washington mène une enquête criminelle pour connaître les sources qui ont divulgué à la presse les détails sur l’attentat déjoué de mai 2012. L’administration Obama s’est engagée dans une politique agressive vis-à-vis des agents qui divulguent des informations de secret d’État. Depuis 2008, six cas ont été sanctionnés, soit plus que durant tous les précédents mandats présidentiels.
En l’informant de ces écoutes téléphoniques, le département de la Justice n’a pas justifié ses actes et s’est contenté de rappeler qu’il est attentif au respect de la liberté de la presse. D’après la loi américaine, les investigations de la justice ne concernent la presse que lorsque "tout a été raisonnablement entrepris" pour connaître cette information par ailleurs. Dans sa lettre, le procureur s’est toutefois justifié de n’avoir pas prévenu au préalable l’organe de presse, en invoquant le cas où cette notification poserait "une menace réelle contre l’intégrité de l’investigation".
La Maison Blanche se défend de détenir une quelconque information sur ce dossier. "Hormis par la presse, nous n’avons aucune connaissance que le ministère de la Justice ait cherché à mettre sur écoute l’agence AP", a déclaré le porte-parole Jay Carney.