
Les nationalistes corses ont exprimé leur indignation après la condamnation d'Yvan Colonna pour l'assassinat du préfet Érignac. Une manifestation de soutien est prévue ce samedi à Ajaccio, où les autorités craignent un regain de violence.
AFP - Cargèse, village natal d'Yvan Colonna, semblait "sonné" vendredi par la condamnation en appel à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans prononcée contre l'enfant du village pour l'assassinat du préfet Claude Erignac, a constaté un photographe de l'AFP.
Les nationalistes corses ont de leur côté exprimé leur indignation.
Sur la placette de Cargese, un drapeau corse a été noué, "en signe de deuil", a expliqué un habitant aux journalistes qui l'entouraient.
Un peu plus loin, une cinquantaine de personnes écoutaient la radio, le visage grave et l'air prostré.
"On avait beau s'y attendre, c'est avec émotion et tristesse pour Yvan que nous avons appris la nouvelle", a confié un villageois désireux de conserver l'anonymat.
"Nous avons le sentiment d'une profonde injustice, d'autant que la peine prononcée est aggravée par rapport au premier procès mais nous sommes sûrs de le sortir de là au troisième procès, et nous espérons que la mobilisation s'étendra", a-t-il poursuivi.
"Nous tenons le coup, et la famille d'Yvan avec qui je viens de parler, aussi", a-t-il ajouté.
"C'est un coup de poignard dans le coeur de la Corse mais nous continuerons à nous mobiliser jusqu'à ce qu'il nous revienne", a déclaré la chanteuse corse Patrizia Gattaceca, membre du comité de soutien au condamné et qui a reconnu l'avoir hébergé durant sa cavale qui a duré quatre ans.
"Je suis indigné, Yvan Colonna a été victime d'une exécution judiciaire annoncée, sur l'autel de la raison d'Etat", a déclaré à l'AFP Jean-Philippe Antolini, porte-parole de la Commission anti répression (CAR) du pôle indépendantiste Corsica Libera.
"En dehors de toute conviction de culpabilité ou de non culpabilité, nous sommes choqués par la non-application du droit", déclare dans un communiqué le syndicat des travailleurs corses (STC), proche des nationalistes évoquant "le spectre de l'erreur judiciaire".
A Bastia, quadrillée par une importante présence policière, le calme régnait vendredi soir après l'annonce du verdict, a constaté une correspondante de l'AFP.
En fin d'après-midi, 150 lycéens avaient bloqué la circulation durant une heure devant le palais de justice avec une banderole demandant "Ghjustizia per Yvan" (Justice pour Yvan).
A Ajaccio, le verdict est tombé sur une ville quasiment déserte. Pas un coup de klaxon n'a retenti. Les terrasses des rares cafés encore ouverts étaient quasiment vides que les forces de police s'étaient rendues invisibles, selon un journaliste de l'AFP.
Le comité de soutien à Yvan Colonna avait demandé à ce qu'aucun rassemblement n'ait lieu vendredi soir. Une manifestation de soutien est prévue samedi à 15H00 à Ajaccio.