logo

Benoît XVI devient "pape émérite", cohabitation inédite en vue au Vatican

Benoît XVI a quitté ses fonctions pontificales, ce jeudi. Après deux mois passés à Castel Gandolfo, il séjournera dans un monastère situé dans l'enceinte du Vatican, non loin de son successeur. Une cohabitation inédite dans l'histoire de l'Église.

C’était son dernier jour. Benoît XVI a officiellement quitté ses fonctions, ce jeudi, à 20h. Dans l'après-midi, il a rejoint la résidence d'été des papes de Castel Gandolfo, où il séjournera deux mois. Pour la première fois dans l’histoire de l’Église moderne, un conclave est organisé pour élire un pape alors que son prédécesseur est encore vivant.

Aucune disposition n’est prévue pour gérer ce genre de cas et ce n’est que mardi que le

Vatican a donné plus de détails sur le nouveau statut de Benoît XVI. Il se fera donc appeler "Sainteté Benoît XVI, pape émérite" ou "Sa Sainteté Benoît XVI, pontife romain émérite". Le porte-parole du Saint-Siège, Federico Lombardi, a ajouté que lorsqu’il ne sera plus pape, Benoît XVI portera une tenue blanche toute simple, différente de celle des papes.

On sait également qu'après les deux mois qu'il aura passés à Castel Gandolfo, Benoît XVI a choisi de résider jusqu’à la fin de ses jours dans le monastère Mater Ecclesiae situé sur les hauteurs des jardins du Vatican. Nombreux sont ceux qui s’étonnent qu’il ait choisi de rester dans les murs de la cité papale. Il aurait ainsi pu faire le choix de finir ses jours dans sa Bavière natale.

"Ce n'est pas du goût de tout le monde. Un cardinal l'a regretté dans une conversation", a confié sous le sceau de l'anonymat à l'AFP un prélat de Rome. "Quand il ira se promener dans les jardins, sera-t-il accessible ou avec un service de sécurité autour de lui comme avant ?C'est risqué et coûteux pour le Vatican", s'interroge-t-il.

Selon ses détracteurs, Benoît XVI aurait fait ce choix pour se garantir l’immunité diplomatique contre d'éventuels poursuites lancées à son encontre en lien avec des affaires d'abus sexuels commis par des prêtres.

Benoît XVI promet "déférence et obéissance" à son successeur

Conscient que sa présence à quelques centaines de mètres du lieu de résidence de son successeur interpelle, Benoît XVI a tenu à se montrer rassurant. S’adressant à une centaine de cardinaux réunis pour une dernière audience dans la solennelle salle Clémentine, jeudi matin, il s’est engagé à ne pas interférer dans les décisions du futur souverain pontife. "Parmi vous se trouve le prochain pape, auquel je promets déférence et obéissance inconditionnelles", a-t-il ainsi déclaré, assurant qu'il serait proche d'eux seulement "par la prière" lors du prochain conclave. Plus tard, le père Federico Lombardi a insisté sur cette promesse d'obéissance, une "démarche très originale" qui prouve que Joseph Ratzinger n'a "aucune intention d'interférer" dans les décisions de son successeur.

Joint par France 24, Odon Vallet, historien des religions, reconnaît que "ce statut étant inédit, il peut poser certaines questions, mais qu'au vu des précisions qui ont été apportées sur le fait qu’il n’interfèrerait pas, la présence de Joseph Ratzinger au Vatican ne changera rien à la tâche du nouveau pape". Il souligne par ailleurs que "le fait que Benoît XVI ait choisi de passer ces deux prochains mois à Castel Gandlofo montre bien qu’il prend ses distances avec le conclave ".

Selon l’historien, "il est probable que le pape, âgé de 86 ans, consacre une grande partie de son temps à l’écriture, activité qu’il aime beaucoup". Ses livres pourraient représenter, par leur message, une certaine influence, mais " ils seront probablement publiés à titre posthume", estime Odon Vallet.

Le cas particulier de Georg Gänswein, secrétaire particulier de Benoît XVI

Reste que le pape ne sera pas seul dans sa retraite future. Fait particulièrement troublant, il est prévu que son secrétaire particulier, Georg Gänswein, reste auprès de lui dans le monastère à l'intérieur du Vatican. Or celui-ci occupe également la fonction de préfet de la maison pontificale, qu’il continuera d’exercer.

Cité par l’AFP, Marco Politi, vaticaniste au quotidien Fatto Quotidiano, estime qu’il y a là "un conflit de fonction". "Le chef du protocole connaît tous les entretiens secrets que peut avoir un pape, il est donc paradoxal qu'il soit aussi le confident de l'ex-pape", juge-t-il.