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Littérature : "Superman est arabe" ou comment vaincre l’hyper mâle

La poète et journaliste libanaise, Joumana Haddad, dénonce avec dérision la misogynie et le poids de la religion dans le monde arabe dans son essai "Superman est Arabe : de Dieu, du mariage, des machos et autres désastreuses inventions". Entretien.

C’est l’histoire d’une petite fille de 8 ou 9 ans qui découvre, chez ses cousins, une pile de magazines. En lisant ces revues, elle tombe follement amoureuse du héros, un jeune homme avec des lunettes, un peu gauche et distrait. Quand il se transforme en Superman, c’est pour elle, une grosse désillusion.

De cette déception, l’écrivain et poète libanaise Joumana Haddad en écrira un livre, "Superman est Arabe". L’occasion pour elle de dénoncer le système patriarcal qui sévit dans le monde arabe et qui s’enracine dans les trois religions monothéistes. "Aujourd’hui, les gens ont plus besoin d’un Clark Kent que de Superman, explique-t-elle dans l’émission "L’entretien" de FRANCE 24. Surtout quand on vit dans un monde arabe – comme moi- où il y a beaucoup de chefs politiques, religieux qui sont convaincus d’être des super héros et qui s’octroient le droit de prendre des décisions à votre place".

"Le monothéisme est très mysogyne"

Écrit avec la même verve que "J’ai tué Schéhérazade : confessions d'une femme en colère", son précédent ouvrage (paru en 2010), Joumana Haddad condamne les religions qui, selon elle, ont discriminé la femme dans la cellule familiale aussi bien que dans la vie sociale. "Le monothéisme est très misogyne", affirme cette militante des droits de la femme, âgée de 43 ans.

La religion est coupable d’avoir favorisé le machisme en l’institutionnalisant, affirme-t-elle. "Il y a beaucoup de femmes qui sont patriarcales sinon plus que les hommes. Elles élèvent leurs enfants en leur inculquant des valeurs machistes, éduquent leurs filles pour qu’elles soient domptées, jolies, obéissantes et deviennent de parfaites mères de famille. Cela créé aussi des hommes misogynes", ajoute-t-elle avant de s’insurger : "Il faut vaincre cette tendance de célébrer l’hyper mâle !"

À travers des confidences, elle prône avec un certain humour une société laïque et égalitaire en s’opposant à l’institution du mariage. "La laïcité est pour moi une condition nécessaire, bien que insuffisante, pour arriver à un vrai changement dans le monde arabe", indique celle qui dit "préférer être menottée à son amant plutôt qu’être liée aux dogmes religieux".

Un changement qui, selon elle, doit passer par l’affirmation progressive d’une “nouvelle masculinité” arabe, c’est-à-dire l’établissement d’un rapport radicalement différent entre l’homme et la femme, qui passe par le corps autant que par l'esprit.