Lors du 40e Festival international de la BD d'Angoulême, "Quai d'Orsay - Chroniques diplomatiques", de Christophe Blain, a reçu dimanche le Prix du meilleur album. De quoi ravir les fans qui ont eu l'occasion de découvrir l'identité du scénariste.
Il s'appelle Antonin Baudry et fut l'une des plumes de Dominique de Villepin lorsque celui-ci était en poste au ministère des Affaires étrangères. Le mystérieux scénariste de "Quai d'Orsay - Chroniques diplomatiques" Abel Lanzac a profité de la remise du Prix du meilleur album au 2e tome du fameux best-seller pour révéler sa véritable identité, dimanche, lors du 40e Festival international de la BD d'Angoulême. Le jeune homme de 37 ans est aujourd'hui conseiller aux services culturels de l'ambassade de France à New York et, par ailleurs, concepteur de jeux de société.
"Jusqu'ici, je me sentais obligé de garder l'anonymat", a expliqué à l'AFP Antonin Baudry après être allé chercher son prix sur scène aux côtés du dessinateur Christophe Blain, précisant avoir débarqué dans le milieu des diplomates tel "un Candide".
Il a fait l'École polytechnique et l'École normale supérieure : "Quand j'étais à l'X [polytechnique, NDLR], je voulais découvrir les équations de l'univers, c'est pourquoi j'avais fait des maths. Mais je me suis rendu compte qu'il fallait aussi me former en philosophie. Quand mes profs ont découvert cela, ils m'ont envoyé voir le psychiatre qui a finalement jugé que j'étais tout à fait normal", a-t-il raconté dans un sourire.
Un film signé Bertrand Tavernier
Plongée décapante dans l'hystérie d'un cabinet ministériel, la BD est en cours d'adaptation au cinéma par Bertrand Tavernier, ce qui remplira d'aise le sémillant Alexandre Taillard de Vorms, héros des albums.
"Le tournage est terminé, le montage est en cours", a précisé Antonin Baudry, qui a co-écrit le scénario du film avec Bertrand Tavernier et Christophe Blain.
Dans le tome 2, le ministre est emporté dans le tourbillon diplomatique précédant l'invasion de l'Irak, de Paris à la tribune de l'ONU, à New York, en passant par... le Club Med.
Willem couronné par le Grand Prix d'Angoulême
Par ailleurs, Willem a été sacré dimanche par le Grand Prix d'Angoulême. Une récompense qui couronne un auteur pour l'ensemble de son œuvre.
Au fil de ses BD, illustrations, fictions, reportages et dessins de presse, du journal néerlandais Provo au quotidien Libération en passant par Hara-Kiri et dans ses nombreux livres, Willem passe au crible de son regard corrosif les travers de la société : politique, sexualité, guerres, génocides, extrémismes et religion... Des dessins contre la guerre du Vietnam aux séries politico-policières muettes de Charlie Hebdo, des "Forty Dirty Drawings" à l'actualité illustrée de l'Écho des savanes ou aux "Anal Symphonies", l'œuvre de Willem invente ses propres codes, à la lisière de l'humour potache mais avec une conscience politique aiguë.
Arrivé en France en 1968, le Néerlandais est bien connu des lecteurs de Libération dans lequel il publie un dessin quotidien depuis les années 1980. Aujourd'hui âgé de 71 ans, il est considéré par plusieurs dessinateurs de presse comme le meilleur d’entre eux.
Maître du graphisme, influencé, dit-il, par Siné qui a publié ses premiers dessins "français" dans son journal L'Enragé, Willem fustige notamment dans ses œuvres les dérives identitaires et l'injustice sociale. "Siné Massacre a été ma bible", avoue-t-il.
"Trait d’union entre le dessin de presse et le 9e art"
La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a salué "le grand Willem" sacré dimanche par le Grand Prix d'Angoulême, "trait d'union entre le dessin de presse et le 9e art, deux genres auxquels il apporte son regard caustique et libre".
Pour la première fois cette année, le lauréat du Grand Prix a été désigné par les auteurs de BD présents et accrédités au Festival, selon une nouvelle procédure de scrutin. L'arbitrage ultime par l'Académie des grands prix s'est fait sur les cinq noms arrivant en tête,ont précisé à l'AFP les organisateurs. Les autres têtes de liste étaient le Britannique Alan Moore, les Japonais Katsuhiro Otomo et Akira Toriyama ainsi que l'Américain Chris Ware.
Sur les 1 500 auteurs présents à Angoulême, 537 ont voté, "ce qui démontre l'implication de la profession pour une première année et laisse augurer d'une participation encore plus grande pour les années à venir", ont assuré les organisateurs.
Par ailleurs, le Festival a décidé, comme lors de ses 10e, 15e et 20e éditions, d'attribuer un Prix spécial.
Il a été décerné, pour l'ensemble de son œuvre, au Japonais Akira Toriyama, 57 ans, l'auteur du mythique "Dragon Ball", le manga le plus vendu au monde avec quelque 230 millions d'exemplaires.
FRANCE 24 avec dépêches