Damara retient son souffle. Dans la ville, dernier rempart entre les rebelles et Bangui, la capitale centrafricaine, stationnent quelque 500 hommes de la Force multinationale. La menace de combats semble cependant s’éloigner.
Sous la bannière de la Fomac, Force multinationale d’Afrique centrale, des soldats tchadiens et camerounais sillonnent les rues de la ville centrafricaine de Damara, dernier rempart contre la coalition rebelle du Séléka, stationnée à Sibut, à 100 kilomètres de là. Depuis le début de son "opération de reconquête", le 10 décembre dernier, le mouvement de rébellion a pris le contrôle d’une large partie du territoire et s’est arrêté aux portes de la capitale, Bangui.
Plusieurs centaines de militaires, environ 520 selon les chiffres avancés par la Communauté économique des États d’Afrique centrale (Ceeac), sont installés dans la ville, lui donnant des airs de garnison. Dans quelques jours, 240 soldats originaires du Congo-Brazzaville et du Gabon viendront encore grossir leurs rangs. "Nous assurons la sécurité de Damara, explique un militaire au micro de FRANCE 24. Rien de nouveau : les civils sont calmes. Nous faisons la patrouille de la zone. Nous ne laisserons personne, ni les rebelles, ni des bandits venir ici".
Les habitants de Damara, pour la plupart, ont fui, comme plusieurs milliers de leurs compatriotes à travers le pays. Ils craignent l’avancée des rebelles et des combats avec les forces régulières. "C’était terrible ! Les gens ont pris la fuite, il n’y a plus personne", témoigne Honoré, un habitant resté sur place.
La Fomac hausse le ton
En début de semaine, le Séléka avait menacé de poursuivre sa marche pour prendre Bangui. Mais mercredi, les forces internationales, qui s’étaient jusqu’alors positionnées en force d’interposition en cas d’attaque, ont haussé le ton contre la rébellion, assurant qu’un éventuel assaut contre Damara serait considéré comme une "déclaration de guerre".
"Si les rebelles attaquent Damara, c'est une déclaration de guerre, cela veut dire qu'ils ont pris la résolution d'engager les dix Etats d'Afrique centrale", a menacé le général Jean-Félix Akaga, chef de la Force.
Le risque de combats semble cependant s’éloigner. Le gouvernement de François Bozizé et le Séléka ont tous deux fait savoir qu’ils se rendraient à Libreville, au Gabon, pour entamer des pourparlers. Selon plusieurs sources diplomatiques citées par l’AFP, ces négociations devraient s’ouvrir le 8 janvier. Le Séléka a par ailleurs annoncé qu’il suspendait son offensive. De quoi relâcher un peu la pression qui pèse sur les épaules de François Bozizé, acculé par la progression de la rébellion.
"L’armée n’a pas joué son rôle", selon Bozizé
À ce titre, le président centrafricain, lors de ses vœux du Nouvel An, a regretté "l’échec des forces armées centrafricaines" devant la progression éclair des rebelles. "L'armée n'a pas joué son rôle. Sans l'armée tchadienne, nous ne serions plus ici pour nous exprimer. Je demande pardon à tous ceux qui vivent dans les zones occupées par les rebelles", a-t-il déclaré.
Mercredi, il a limogé son fils, Jean-Francis Bozizé, de son poste au ministère de la Défense, qu’il a lui-même pris en main, selon le service de communication de la présidence centrafricaine. Il a également relevé de ses fonctions le chef d’état-major de l’armée, Guillaume Lapo.
Si la suspension de l’offensive rebelle allège un tant soit peu François Bozizé, son soulagement risque cependant d’être de courte durée. Les rebelles exigent en effet la démission de l’actuel chef de l’État centrafricain. "Le départ du président Bozizé reste toujours pour nous une exigence parce que nous mettons en doute sa sincérité", a ainsi déclaré Éric Massi, porte-parole du Séléka. François Bozizé s'est dit, pour sa part, prêt à un dialogue sans condition en vue de la formation d'un gouvernement d'union nationale.